Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Toujours, toujours...

Annick SB



Le temps a passé ….
Je ne sais plus trop si c’étaient les cerisiers ou les pêchers qui étaient devenus blancs
Comme une averse de neige tombée du ciel  masquant l’écorce et lissant le temps
Un beau matin en ouvrant la fenêtre j’ai cru voir une avalanche de fleurs envelopper mes rêves
Pendant un instant j’ai cru que tu étais revenu
L’échelle était posée sur un des troncs, le panier à terre
Tout était là comme la veille
Je te cherchais du regard ; on devait faire des frites avec une vraie friteuse à l’ancienne trouvée dans le grenier
Tu te souviens ?
Les pommes de terre étaient déjà dans la passoire en attente
Ça nous avait fait rire ces vieux ustensiles
On voulait jouer au siècle d’avant
On voulait devenir paysans, nous gosses de la ville déjà blasés par les néons

Je crois que tu jouais à cache-cache avec mes souvenirs à ce moment là
Je ne sais plus trop si notre cavalcade avait eu lieu au printemps ou plus tard dans la bonne odeur de l’été
Peut-être le sais-tu,  toi qui avais pris ma main
Oui, je l’avoue, pendant quelques instants, le temps s’est arrêté et tout le blanc des fleurs m’a bercée, lentement, tendrement
J’ai senti ta présence
C’était doux, doux comme une prière
Il y avait sur les rideaux de velours une touche de rose, une touche de pêche, et dans mes narines le goût du parfum fugace de l’amour disparu qui laisse des traces douces
J’ai fermé la fenêtre
Le temps a passé ….
Maintenant, le verre des vitres est parsemé de tâches qui ne partent plus
Une buée constante, un nuage sans fin
J’ai vécu dans le brouillard, sans toi
En hiver je priais et je comptais les jours
Je marchais longuement, m’assoupissant parfois en m’appuyant sur les troncs nus et glacés, espérant les moments où notre vie refleurirait dans un paradis que j’imaginais proche
Les lanières des sacoches pleines de miettes et de cailloux me blessaient les épaules mais je ne disais rien car il m’importait d’aller au bout, oui, au bout du chemin avec toi, sans toi, pour toi en semant les mots d’Amour que tu m’avais confiée
Oh je l’ai tant rêvé ce matin de nos retrouvailles
Ta mort ne serait-elle advenue que pour que je marche, seule et forte, avec en tête et pour seul bagage la puissance de l’Eternité ?
Ta mort ne serait-elle advenue que pour que je sème sur le chemin l’amour du divin, du beau et de la joie, écartant pour les autres tous ces pans de brouillard ?
Oh pourquoi ? Pourquoi ?
C’est la sempiternelle question à laquelle je ne veux plus répondre
Je t’ai aimé ; un point c’est tout et c’est déjà beaucoup
Je crois que je sais désormais ce qu’est l’amour : tout et rien du tout !
Immense
Magnifique
Puissant
Constant
Ou peut-être simplement un lit de pétales que le vent a fait naître ce matin encore dans le pré
Une éphémère émotion qui remplit la raison et fait perdre la tête, calmement

Ecoute-moi,  écoute-moi encore une petite fois s’il te plait
Le chêne centenaire murmure toujours  nos secrets quand le vent caresse le feuillage
Il existe des anaphores que l’on emploie comme une méthode Coué
Je ne veux pas m’en servir
Je veux tout simplement dire et écrire que tu me manques encore, toujours, toujours et que je lance désormais tout l’amour que je te destinais, à la nature, aux autres, à toutes celles et ceux qui avancent ici, sur le chemin de la vie …

Annick SB    Liste 1

4 commentaires:

  1. Comme c'est joli ce chant d'amour sur fond de frites...
    bravo Annick
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. L'écriture participe au travail de deuil. Sans aucun doute.

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    1. Oui, de nombreuses fois et pour beaucoup de personnes !

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