Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, l'atelier d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Fadièses d'un soir

Célestine


A l’est de ces soleils furieux qui courent de minuit à l’aurore, au temps où mes printemps se faisaient la courte-échelle,  ignorant l’hiver de leur superbe,  je traînais au fond d’un de ces bars sentant la frite et l’alcool frelaté, cherchant au fond de mon verre l’oracle d’improbables réponses à d’indicibles anaphores commençant par pourquoi.
C’était un de ces petits matins grisâtres où le désespoir fouette de ses lanières les derniers habitués, l’esprit rendu brumeux et vide comme une passoire, et où la cavalcade des notes de jazz cède le pas à un vieux blues fendant l’écorce de l’air de sa plainte sempiternelle.
Le pianiste noir, de ses mains noueuses de vieux chêne tremblant, effleurait ses touches comme on aime une femme du bout du cœur. Et dans tout ce noir, ce gris fumeux, ce brun livide et morne de ce bar de paumés, son sourire plein de dents, et le blanc de ses yeux comme deux zeuzères battant la nuit, illuminaient l’ombre de leur vigueur scintillante, comme des gouttes d’espérance.

Célestine     Liste 1

La sempiternelle page blanche

Jak 

L’hiver est installé et perdure, et ce n’est pas encore demain que la grenouille montera à l’échelle pour annoncer le beau temps.
Je dois  écrire sans faute pour le 13, nous sommes  déjà le 23, dix jours de retard.
De surcroît les touches de mon clavier font  des leurs ; les majuscules s’inversent en minuscules.
La bérézina dans ma tête, je n’ai pas la frite
D’autant plus que dans mon texte il faut que j’incorpore un mot barbare, anaphore.
Sur le coup j’ai pensé qu’il s’agissait d’une fleur, cela m’aurait remonté, le moral.
Non,  c’est un style littéraire, la  répétition en début de phrase d’un mot.
Tiens-tiens,  une idée pour mes futurs textes.
Dans mon crâne un peu fêlé,  une véritable cavalcade de mots se bouscule, mais il n’y en a aucun qui ne veuille s’accoquiner avec le suivant, tant et si bien que j’écris en  charabia.
Mes doigts sont gourds, à cause du froid car EDF a coupé le chauffage, -en effet  je bénéficie d’un tarif spécial EJP mais en période de froid intense sur un certain nombre de jours dans l'année,  je dois réduire ma consommation et de ce fait  ne peux faire fonctionner mes radiateurs   car cela me ruinerait.
Encore bien heureux que j’ai pu engranger  un stock de bois.
C'est du chêne à l’écorce  exhalant l’odeur  de la mousse, mais il faut alimenter la cheminée....
En plus de cela, en prévision de la froidure,  je suis affublée d'une  vieille salopette fabricotée  en grosse laine, mais ses  bretelles devenues  lanières, sont flasques depuis le temps que je la met, et sans cesse  elles  tombent. Comme savent si bien le faire celles des vieux soutien-gorge de mémés.
Et cela participe de  mon agacement, et ne revigore pas mes neurones
Je prends 5 minutes pour me faire un bon thé chinois,  sur un plateau, près de mon ordi.  J’ai tout ce qu’il faut, thé théière, passoire et verre ainsi que bouilloire électrique.  Cela m’évite de me déplacer. A mon âge j'économise mes articulations.
Je me remets au travail, mais hélas, je reste devant la sempiternelle page blanche.

Qu'à cela ne tienne, je vais raconter mes malheurs à Ghislaine, sûr et certain, elle va me consoler.

Jak    Liste 1

L'hiver de Jacques P.

Vegas sur Sarthe

Demeurés sur la touche on regardait béats
Des nuées de flocons la grande cavalcade,
Sempiternel roulis du vent en embuscade
Qui courbait la ramure des épicéas.

L'écorce du grand chêne en abri de fortune
Recelait la nichée d'un couple de piverts,
L'un de nous prit l'échelle et la mit de travers
Pour leur jeter du pain et quelques maigres prunes.

L'hiver en son corset de lanières de glace
Egouttait bruyamment tant de larmes de verre
Qu'on eut dit ces chansons pour enfants de Prévert
Qui parlent d'homme blanc, de flaques et de mélasse.

"Allons rentrez! Allons!" radotait l'anaphore
Des adultes trop sages et pressés qu'on s'abrite,
Les bugnes débordant de la passoire à frites
Nous lançaient de goûtus signaux... des sémaphores


Vegas sur Sarthe      Liste 1

Cet hiver blanc

Ghislaine

Cet hiver blanc n'en finit pas,
c'est comme une longue cavalcade de vent glacé qui vient mugir sur les sempiternels froids des rudesses de cette saison, comme une anaphore venant insister lourdement sur les écorces de mon corps endolori, qui pourrait se casser comme du verre..
C'est ce ressenti qui parcourt mon être de vieille peau sexagénaire....
Sur l'échelle de la vie, j'en suis à bien haut déjà et je me suis attachée avec une lanière pour ne point en tomber, et faire de mes os, des débris qui ne  passeraient pas au travers d'une passoire, tant ils sont arthrosés…
Je ne suis pas de chêne mais plutôt de roseau, alors que finisse vite cet hiver blanc...
Ceci dit vous l'avez compris ; Je n'ai guère la frite mais rassurez- vous je ne touche pas le fond ! 
Je résiste foi de vieille peau !


Ghislaine février 2018   Liste 1

Victoria n'a pas la frite

Adrienne

Est-ce parce que l'hiver est trop long que les lanières de son sac d'écolière lui scient les épaules? Que son dos est devenu fragile comme du verre? Qu'elle n'en peut plus des sempiternels efforts pour atteindre les exigences de perfection qu'elle sent peser sur elle? 
Est-ce parce que l'hiver est trop long et trop noir et blanc? Que le soir, seule dans sa chambre, les larmes et les sanglots sortent en cavalcade pour avoir été retenus trop longtemps? Qu'atteindre le sommet de cette échelle des valeurs vers où on la pousse lui semble de plus en plus inatteignable? 
Est-ce parce que l'hiver est trop long même s'il touche à sa fin? Les chênes trop noirs, leur écorce trop dure? Que tout la rend malade et plus rien ne lui procure de plaisir? Ni le sport, ni le dessin, ni les cours de sciences qu'elle aimait tant: sa mémoire est devenue une passoire et elle n'a plus goût à rien. 

- Toi, lui dit Madame, tu fais un burn-out.


Adrienne   février 2018     Liste 1

Un blanc ...

La licorne

J'ai un "blanc", tout à coup ...

Est-ce la cavalcade des années qui m'afflige ? Je n'ai pas encore l'âge du vieux chêne en hiver, mais mes cheveux ont la couleur de la neige sur ses branches, mes mains ont la rugosité de son écorce et quand, parfois, elles s'escriment sur les touches du piano, je n'en reviens pas de les voir trembler.

J'ai un blanc...

Que faisais-je à l'instant ? Qu'allais-je, diantre, chercher dans ce placard ? Un verre, une passoire, le coupe-frites ? Je ne sais plus. Ma mémoire se vide et me laisse au milieu d'un geste, d'un élan... Je pars et je ne reviens pas. Je veux et je ne peux pas. Je marche à petits pas. Sempiternel manège.

Un blanc...Un blanc...

Oui, je sais, je me répète...Autrefois, quand j'étais professeur, j'aimais bien manier l'anaphore, la métaphore et la méto... La méto quoi ?  Je ne m'en souviens pas.  Tout cela est si loin...Perdu sur l'échelle du temps. Egaré à jamais. La lanière de mon sac à souvenirs s'est cassée. Les mots, que j'aimais tant... se sont envolés. Comme une myriade d'étourneaux sans cervelle.

Demain... oui, je crois que c'est demain...

j'aurai quatre-vingt-dix ans.



La licorne   février 2018   Liste 1


Tout est blanc ...

Annick SB 

Tout est blanc sur ta peau
Poudre de riz lentement tombée
Ôtés les plis
Ôtée la peur
Finie l’horreur
La neige doucement t’a ensevelie
La cavalcade a cessé
Où sont donc tes habits ?
C’est l’hiver
Les lanières d’espoir se détachent et filent en lambeaux
Tout est blanc sur ta peau
Le sempiternel manque va commencer à grincer
Les écorces soupirent, s’étirent, grisent l’air qui n’a rien de nouveau
Sur l’échelle de l’horreur la première marche me fait déjà tomber
Je voudrais jouer des anaphores mais la sinistre répétition freine le moindre effort
Dors-tu sous le grand chêne ?
Dis-moi, dors-tu ?
Ça rassurerait ma mémoire-passoire de savoir que ce n’est pas vrai
Pourtant je n’ai pas bu 
Mon verre ne fête rien
La coupure du froid fait rejaillir le sacrifice innocent
Ne lui faites plus rien à cette enfant qui dort
Flocons, touches d’émois  sur toi
Dérisoire linceul 
J’ai mal, petite, j’ai mal
Tout est blanc ...

Annick SB   février 2018    Liste 1

Liste 1

1 cavalcade
2 touche
3 hiver
4 lanière
5 sempiternel
6 écorce
7 échelle
8 frite
9 anaphore
10 chêne
11 passoire
12 verre

et le treizième pour le thème : blanc