Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Je n'ai pas changé

Vegas sur Sarthe



Après la mondiale saloperie rien n'a vraiment changé.
Comme chaque matin en sortant du garage j'ai failli prendre une bûche en m'entravant dans cette satanée 
corde ; j'ai oublié la chèvre que monsieur Seguin m'a forcée à adopter l'an dernier au prétexte qu'elle fuguait.
Toujours aussi bizarre ce Seguin, toujours dans la caricature, un type qui abandonne son cheptel et vide avec peine des arrosoirs sur ses tulipes en céramique en espérant les voir pousser.
J'ai les chèvres en aversion depuis tout petit lorsqu'on m'emmenait au cirque mais j'aime tellement rendre service à mes voisins ... non rien n'a vraiment changé, je suis toujours aussi vénal.

Vegas sur Sarthe    Liste 27

Vin tant !

Cloclo



J’étais ce qu’on appelle un dur, j’avais tendance à ajouter du vin dans ma soupe plutôt que de l’eau dans mon vin. Simone me le reprochait sans cesse. En me traitant de pochard, de sac à vin, de pochetron, et autres joyeusetés, elle me rabâchait sans cesse que j’avais terni à tout jamais la réputation des Valentin.
Mon addiction à l’alcool fut le début de notre double faillite. Celle de notre couple bien sûr, et celle de notre fortune qui frôlait à présent l’asymptote zéro.
Il m’avait suffi de quatre années pour ruiner ce que plusieurs générations avaient péniblement rassemblé sou par sou, malgré les fluctuations de la bourse et la grande crise de 29. Simone m’accusa d’être l’ortie infernale qui pousse au milieu des riantes prairies d’une famille naguère unie, heureuse et au-delà du moindre besoin. Si ses aïeux, ses ancêtres, ses grands-parents et ses parents avaient été l’ornement, la gloire et l’honneur de cette honnête famille, moi j’en étais le renégat, le canard boiteux, la honte qu’en d’autres temps, on aurait sans doute éliminé d’un jet de projectile. Simone m’avertit bientôt que si je ne songeais pas à me soigner, et ne suivais pas immédiatement une cure qui me ramènerait sans doute à prendre de sages décisions, elle se séparerait de moi et n’hésiterait pas froisser et ternir l’image que mon alcoolisme donnait à tous. Pour être plus clair, elle me menaça de divorce et c’est à ce moment-là que je pris vraiment conscience de l’ampleur des dégâts. Je m’en souviens comme si c’était hier: elle avait enfilé sa jolie robe turquoise, celle qui lui va si bien, malgré le petit ventre qu’elle a pris au fil des années, et le ton qu’elle mit pour m’annoncer clairement sa décision, ressemblait plus à une franche détermination qu’à une simple menace. Ensuite, elle s’empara de l’ardoise qui nous sert chaque semaine à écrire nos courses et elle y écrivit pour que je le lise bien : bientôt ici plus de vie où le prince est un ivrogne…. Puis elle se dirigea vers le canapé, s’y jeta brutalement et se mit à pleurer à chaudes larmes. 

Cloclo    Liste 20

Crise oblige

Jill Bill




Chômage et système D

Amour vénal

Acte charnel

Toute peine mérite salaire

Caricature de Rambo

Il est à votre service mes belles

Célibataires ou veuves

Dans son garage aménagé,

Quelques faïence et céramique érotique

Pour tout décor

Papier peint tulipe

Il bûche au lit

Va se vider

Pour votre bon plaisir,

Oh pas du grand cirque

 Genre acrobatie 

Pour que vous en eussiez aversion

A vous rendre chèvre

Non !

Une juste dose de brutalité animale

Après quoi

Vous y revenez ou pas...


Jill Bill    Liste 27

Restez chez vous

Chaton Daniel



Profiter du confinement pour vider son garage,
Ranger son fourbi sans aucune aversion,
Les céramiques d’un côté,
Les bûches de bois de l’autre,
Vous vous rendez service en prévision du prochain hiver.
Il est un peu tard pour mettre en terre vos oignons de tulipe,
De ménagez pas votre peine.
Votre garage ne doit pas se transformer en cirque,
Il faut de la place pour garer la voiture.
Ce travail vous prendra plusieurs jours,
Prenez votre temps.
Après ce premier travail,
Qui n’a rien de vénal,
Reposez-vous un peu sur votre terrasse
En regardant les chèvres dans le pré du voisin.
Travailler chez soi, n’est pas une caricature du confinement,
Si vous respecter bien toutes les consignes données.


Chaton Daniel    Liste 27

Nous au conditionnel

Laura



Nous serions peut-être allés voir le bouquet de tulipes de Jeff Koons[.
Au lieu de ça, j'essaie de vider mes archives comme des morceaux de nous.
J'ai rendu le garage puisque j'ai cassé la voiture; mon aversion pour la conduite
T'a survécu, excuse-moi; j'ai mis tous les objets en céramique, inutiles.
La seule décoration que je garde sont des photos de nous.
Je garde aussi les livres sur le cirque, les paysages comme autant
De bûches pour nourrir le feu de ton absence qui me consume.
Après le confinement, il y aura toujours ton absence, plus présente
Que le reste. Mon pêche doit être plus que vénal ou véniel
Pour que ma peine soit si lourde; plus personne ne rend service
C'est la jungle; heureusement j'ai des yaourts de chèvre
Et un livre sur la caricature de Daumier à lire.

Laura    Liste 27

Sur mon balcon

Annick SB



Je suis sur mon balcon et j’ai l’impression d’être vigile, gardienne, commère, que sais-je encore !
Cela ne me déplaît pas je l’avoue.
Envie d’écrire une monographie sur cette tragédie et la flemme légendaire qui m’habite me dit de me calmer en regardant le balancement des bourgeons sur les branches.
J’observe, en écoutant les oiseaux chanter ; d’un battement d’aile, aujourd’hui, ils m’ont délicatement donné la permission de copier leur liberté et rien, je l’espère ne pourra altérer mon calme.
Sur la route, très peu de voitures, quelques tracteurs mais en revanche plus de camions que d’ordinaire ; le laitier passe à l’heure du laitier ; la vie à la campagne reste bénie.
Je scrute l’air de rien le voisin qui, muni d’un arrosoir, fait boire les pensées ; il n’est pas chafouin mais adorable. Tout à l’heure, il m’a fait « coucou » d’un signe la main et j’ai répondu par un large sourire et un autre « coucou » ; on ne s’est jamais autant salué que ces derniers jours ! On hurle des « ça va ? » ; on répond en hochant la tête et en se demandant ce que feront la mal et la patience aujourd’hui encore …
Très tôt le matin, le parfum du printemps s’étale dans l’air et n’est troublé par aucun bruit, aucune pollution ; le soir c’est dans cette ambiance aussi que le soleil se couche.
Le silence me plait.
En lui, je perçois la vie, riche, intense, inventive, infinie et mes soupirs sont comme les virgules d’un texte, pauses nécessaires, abris du souffle, cachette.
Ce silence me berce, mais au bout d’un moment je m’entends chantonner pour vivre une présence ; aurai-je moi aussi une légère inquiétude ?
Le silence deviendrait-il malin au point de me faire rompre le pacte que je croyais avoir passé avec lui, lui que je quémandais encore il y a quelques semaines ?
Un vol d’étourneaux me change les idées et je fredonne Ferré : Que sont mes amis devenus …
Chaque jour j'essaie de consoler par téléphone celles et ceux subissant la ville.
La chape d’angoisse tenace qui les enferme dans leur inquiétude, dans leur lutte est difficile à ôter par ce biais des conversations ; alors je prends des photos, de tout de rien, de ma pizza faite le matin même et du bouquet de jonquilles déposé par la voisine il y a deux jours, de ma pile de linge froissé qui attend d’être repassée, de mes chats aux pauses langoureuses, de tout ce qui vit ; je veux les faire sourire en partageant tout cela sur les réseaux dits sociaux…
Dans les branches, des oiseaux vont et viennent, sautillent, et préparent leurs nids comme si de rien n’était ; leur balancement me montre qu’on doit encore jouer.
Ils ont la permission de voler et de nous faire rêver ; rien altérera cela pour eux. 
C'est la première fois de ma vie que je voudrais être un oiseau...
Puisse la Nature être épargnée par l’angoisse, comme cette fillette que j’aperçois derrière sa fenêtre et qui joue avec une marionnette-chaussette probablement confectionnée à la hâte par sa maman ; je la trouve charmante avec ses ganses en velours rouge dans les cheveux et je me demande du coup ce que font mes anciens élèves.
L’écho de Michel Fugain résonne dans ma tête : « Fais comme l’oiseau… » ; c’était il y a longtemps ; on savourait l’air libre à plein poumons.
Cette belle chanson de Léonard Cohen retentit aussi dans mes oreilles : « Comme l’oiseau sur la branche … »
Je romps le silence comme on rompt le pain ; je chante, je fredonne, je vis et je redis à qui veut bien l’entendre ce verset rassurant de l’Evangile de Matthieu :
« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? »
Je ferme les yeux et me laisse bercer par le bruissement des ailes dans le souffle frais du matin en pensant toutefois avec honte à mon coffre de voiture qui est rempli de nourriture…
Annick SB    Liste 22

La voix du silence

La Licorne



Vingtième jour de confinement :
Je vais devenir chèvre !
J'ai nettoyé le garage de fond en comble, j'ai vidé le grenier...
j'ai coupé des bûches pour six mois...
j'ai planté cinquante bulbes de tulipe dans le jardinet derrière la maison
et après, j'ai lavé méticuleusement tout le service en céramique ! 
Mais depuis deux jours : plus rien à faire.
Je tourne en rond dans mon salon...
Je tourne et je piétine, comme un cheval de cirque...je rue d'ennui...
et je commence à développer une aversion profonde
pour tous les programmes télé ringards
qui vous présentent en boucle des mots croisés insipides
et des chansons plus périmées que le gel hydroalcoolique du H1N1.

J'ouvre la fenêtre.
Le chant des oiseaux transperce le silence du matin. 
(au moins un concert qu'aucun producteur vénal ne cherchera à monnayer...)
L'air est frais et tonique.
Les arbres semblent respirer plus large et le soleil briller plus fort.

Mon coeur s'emplit d'une sorte de bien-être paisible.
Je reste là longtemps...
Et bientôt, dans le murmure de la brise de printemps,
pour la première fois, j'entends leurs voix.
La voix futée des arbres oiselés qui me susurre : 
"Ce n'est pas la peine de te lamenter ! 
Laisse ta caricature de vie et viens nous rejoindre...
nous, on vit comme ça toute l'année...
Sans bouger, sans travail...sans distraction...et...
tu sais quoi ?
On est heureux !"

La licorne    Liste 27 

Elle s'y croit

Ghislaine


Il faut la voir se pavaner,
elle fait son cirque,
elle geint comme une chèvre à son premier rencard !
Elle se croit tulipe irisée,
elle n'est que céramique qui peine à trouver preneur.
Elle ne se ressemble même pas, comme après un démoulage raté !
Vénale, elle se voyait déjà d'or en service livraison cadeau !
Elle ne se pavane plus,
remisée au garage comme une bûche pour la cheminée de Noel.
Aucune beauté dans cette caricature, créée pour vider
une avesion qui prenait trop la tête !
Elle n'est plus qu'un masque vaguement ressemblant
à une face de je ne sais quoi.


Ghislaine Liste 27

Liste 27

1 tulipe
2 vider
3 garage
4 aversion
5 céramique
6  cirque
7 bûche
8  après
9  peine
10  vénal
11  service
12  chèvre

et le 13 ème pour le thème : caricature

Est-ce la fin du monde ???

Petitmoineau



Et si je mettais des tissus de coton à carreaux sur mes fenêtres afin de faire barrière à tout ça. 
OK il faut se protéger et rester entre ces 6 murs comme dans un dé. 
Mais pourtant la consigne est censée être intelligible de tous : soyons solidaires et prévisionnel pour les semaines à venir : 
Pas la peine d'avoir tout un arsenal de nourriture puisque les magasins doivent assurer la continuité du ravitaillement mais vu que l'on a perdu toute notion d'humanité c'est chacun pour soi. 
Ça va devenir une coutume de se restreindre en sorties et de se tenir à distance de nos proches qui sont eux la clé principale de notre vie... 
Bref laisse-moi donc m'étirer et m'assoupir sous mon arbre avec un bâton de réglisse au coin des lèvres, afin de garder un soupçon de sincérité dans mes convictions même si certains pensent que je me trompe.

Petitmoineau     Liste 26

DEUX INFOS importantes !!! ou presque ;-)

Bonjour mes amis

1) je me permets de vous demander de m'envoyer vos textes sous word ou open office, sans couleur et sans italique ou caractères gras
( j'utilise  la police Georgia 12 interligne1,5 pour la publication de nos textes ici )

En effet, je n'arrive pas à mettre en page la majorité de ce que je reçois !!!
Je vous précise que je ne vais JAMAIS copier les textes sur les blogs et que les textes directement dans le corps du mail me parviennent tronqués très souvent etc ...

Donc désormais je ne publierai que les textes que j'arriverai à mettre en page car je n'ai pas assez de connaissance en informatique pour bidouiller vos envois , textes qui je le rappelle doivent avoir un TITRE  différent de la liste de mots ...

2) D'autre part je vous proposerai des listes de mots plus souvent qu'une fois par mois ; je me suis dit qu'en période de confinement, ça vous ferait peut-être plaisir !

à bientôt
Prenez soin de vous ... 

Annick SB

Hasard

Laura


"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" *

Ni la barrière entre les êtres.
Tu savais d'où venait le coton.
Depuis que tu es mort,
J'ai perdu la clef du monde
Qui a cessé d'être intelligible.
Les carreaux sont sales
Et je ne prends plus le temps de m'étirer.
C'était prévisionnel;
Tu me disais: prends le temps!
Toi, tu prenais le temps
D'aimer l'humanité
Sans mon arsenal de livres.
Comme moi, tu n'aimais pas le réglisse.
Une fois n'est pas coutume
Osons la sincérité!

*Stéphane Mallarmé
Laura    Liste 26