Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Dernière fois

Adrienne



La dame de l'accueil jette un regard de plus en plus énervé en direction du gros cadran qui marque l'heure. En principe, elle finit sa demi-journée dans cinq minutes, mais elle sent qu'elle va devoir lâcher prise: aucune possibilité de faire avancer plus vite les formalités avec la petite vieille dame qu'elle a devant elle et qui vit dans sa bulle, les doigts serrés sur le fermoir de son antique sac à main de cuir noir.
Il est clair qu'on ne lui a pas demandé son opinion quand on a décidé de lui faire quitter son intérieur douillet, avec ses broderies à l'ancienne sur l'appuie-tête des fauteuils et ses antiques persiennes.
On lui a mis aux pieds une sorte d'espadrilles trop grandes pour elle, on l'a embarquée dans la voiture de l'aîné de ses neveux, et la voilà devant des papiers qu'elle n'a pas lus et qu'elle signe sans rechigner, de sa belle écriture un peu penchée.
- Vous pouvez la mener tout de suite au réfectoire, dit la dame de l'accueil, c'est de ce côté.
Précision inutile, il n'y a qu'à suivre l'odeur de la soupe de courgettes et les bruits de vaisselle.

Adrienne   Liste 9

Echappées belles

Jak



Lisa à travers ses persiennes, espionnait son voisin jardinier.
C’était la distraction de la journée.
Une attitude obsessionnelle et super-perfectionniste   pour son travail,  avait entraîné un burn-out.
La posture zen n’était pas dans ses possibilités.
Mise au repos obligatoire, elle s’était enfermée dans une sorte de bulle, s’isolant et ne voulant voir personne.
Son psy lui avait conseillé de noter avec précision tout ce qu’elle vivait. L’écriture l’aiderait, selon son  l’opinion,   pour en  finir avec sa dépression.
Ainsi, lorsque 15 heures sonnèrent au cadran de l’horloge, elle ouvrit le fermoir de son journal intime pour consigner ses humeurs et réflexions du jour.
Elle écrivit, rapidement, sans application, ayant peur d’oublier quelques menus détails, supposés être importants
Elle abandonna son bureau, puis revint à la fenêtre.
Le jardinier était toujours là.
Au bruit des volets qu’elle entrebâilla légèrement, il leva les yeux
Pour rester discrète elle se reculât, et s’entremêlât dans les lacets dénoués de ses espadrilles : elle s’affalât de tout son long en poussant un cri aigu.
Le jardinier qui avait ses entrées pour de menus services rendus, l’entendit.
Alarmé, il courut pour voir ce qui se passait.
D’un pas sonnant sur ses vieux sabots, Il franchit l’accueil et la trouva essayant de se relever péniblement.
Il voulut la maintenir, mais dans sa précipitation pour la secourir, Il échappa les deux courgettes SIAM à la peau particulière ressemblant à une broderie marbrée.
Effectuant leur cueillette, il les avait gardées dans ses mains dans sa précipitation
Elles éclatèrent, rependirent leurs nombreux pépins sur la moquette, la rendant encore plus glissante.
Alors, un rire communicatif sorti à l’identique de leur gorge déployée, rire  éclatant lui aussi, mais de gaieté.
Jak   Liste 9

Un après-midi comme les autres

La Licorne



Elle termina lentement sa vaisselle, regarda le cadran de l'horloge et vit qu'il était 14 heures. 
Que pouvait-elle bien faire cet après-midi , afin d'éviter la lente et désespérante coulée du temps, le tic-tac monotone des secondes inutiles à l'abri des persiennes et du soleil encore vif d'un automne débutant ?
Elle envisagea tour à tour quelques possibilités :
Sortir de sa "bulle" et aller faire l'accueil chez Emmaüs ?
Finir la broderie de fleurs sur les espadrilles de sa petite-fille ?
Aller ramasser les dernières courgettes du jardin partagé ?
Partir dans les magasins à la recherche d'un fermoir neuf pour son collier préféré ?
Allumer la radio et écouter les opinions des uns et des autres sur le remaniement ministériel ? 
Non, rien de tout cela, finalement...
Sa décision était prise. 
Adieu les futilités ! 
A son âge, chaque jour était précieux. 
Elle attrapa une feuille blanche et de sa plus belle écriture, avec un léger sourire aux lèvres, elle commença :
Cher monsieur, je m'appelle  Simone, j'habite dans le même immeuble que vous et cela fait plusieurs semaines que je me disque je serais heureuse de faire votre connaissance...

La Licorne    Liste 9

Totor Indécis

Ghislaine


A l'accueil, sous le cadran de l'horloge, on pouvait laisser ses suggestions ou opinion quand on venait de finir son repas et les avis étaient bienvenus.

L'association aimait à rendre les gens contents de leurs passages chez eux. Ce midi c'était courgettes en prise avec des lardons et crème fraîche.
Ou la possibilité de choisir une ratatouille gratinée au four ! Totor était bien indécis !
Qu'allait manger ? Mais surtout, qu'allait il écrire ensuite dans la boite à idées !
Enfermé dans sa bulle de réflexion, il ne vit pas Gigi qui arrivait en espadrilles et vieux pantalon que couvrait un chandail délavé.......
Elle lui tapa sur l'épaule et dit :
"""Ah heureusement que je sais où te trouver ! Regarde un peu, je me suis coincé le fermoir de mon collier dans les cheveux !!  Aide moi à l'enlever de là !!
Depuis ce matin , il ne m'arrive que des cagades ! En ouvrant les persiennes, j'ai cassé la barre de fermeture, j'ai mis au lavage mes broderies même pas terminées,
Totor j'ai la guigne je te le dis !! Et toi tu me serines avec ce que tu vas manger et ce que tu vas écrire dans la foutue boite !! Non de non  Totor, c'est bien trop gras pour tes artères, viens donc manger à la maison, ce sera plus sain et  enlève moi ce sacré fermoir de ma tête !! Diantre quel lambin tu fais !! """

Totor réussit à lui libérer les cheveux et sur le chemin du retour, il se demandait toujours ce qu'il pourrait bien écrire la semaine prochaine, dans cette boite à idées !!!

Ghislaine    Liste 9

Emmenez-moi

Vegas sur Sarthe



L'écriture était fine, on eut dit de la broderie, pourtant il n'y avait qu'une
adresse : 2 rue Sarasate Paris XV.
J'entrevoyais la possibilité de me faire mon opinion. Je m'y rendis.
Les persiennes étaient closes et des parfums de courgette flottaient sur les
trottoirs comme des bulles automnales prises au potager.
A l'accueil on me recommanda de me déchausser pour enfiler des espadrilles et
d'attendre que l'aiguille pointe six heures au cadran.
A l'heure dite j'y trouvai Giorgio - le fils maudit - ainsi que deux canaris et une
chatte et puis des amis, des amours, des emmerdes... et sur le cercueil, un lourd
fermoir frappé de ces mots dorés « Emmenez-moi »

Vegas sur Sarthe    Liste 9

L'écriture

Ghislaine 



L'écriture, elle a fière allure lorsqu'elle se pare de broderies,
lorsqu'elle ouvre les persiennes sur des bulles de pensées positives.
L'écriture, parfois, elle se chausse d'espadrilles pour mieux glisser sur le papier, elle à l'accueil facile, sans prise de tête, pour votre aisance.
L'écriture exprime son opinion, sans finir par vous lasser.
L'écriture n'a pas besoin de fermoir, toujours , elle dispose et dépose vos mots.
L'écriture sait aussi composer avec les cadrans solaires, avec la météo, avec vos désires et vos envies, vos malheurs et bonheurs...... Elle est à vous, toujours...
Elle vous offre la possibilité  de partager votre éloquence, votre don......Elle vous laisse séduire vos lecteurs, regardez comme elle est belle, même quand elle écrit courgettes, ou, aubergines, car avec ces mots, elle vous offre sa recette.
L'écriture que ferait - on sans elle ???

Ghislaine    Liste 9

Liste 9

1 fermoir
2 possibilité
3 accueil
4 prise
5 opinion
6 courgette
7 finir
8 cadran
9 bulle
10 espadrille
11 broderie
12 persiennes

et le 13 ème pour le thème :  écriture

Coordonner

Vegas sur Sarthe



Au réveil c'était chaque fois la même vision, la même hantise... Germaine se lovait contre moi, m'écrasait, les yeux bordés de reconnaissance : »Fichtre !
T'étais seul cette nuit pour me faire tout ça ? »
Je jouais les blasés : « Qu'est-ce qu'on a fait ? »
Elle énumérait des trucs chopés dans Nous Deux ou dans quelque kama-sutra à deux balles : « L'aspirateur infernal... la lime ravageuse... le butineur de pétunia... l'arrière-train postal... le stylo-feutre en folie...»
Alors il lui fallait allumer la lumière pour me soumettre à un examen épidermique interminable.
Elle insistait, c'est son acharnement qui me gavait : « Comment tu fais tout ça ? »
En soupirant, je rejouais les blasés : «Il faut savoir coordonner»
Demain je prendrais mon envol, demain je partirai.

Vegas sur Sarthe   Liste 8

Justine

Rogermarc



Justine était très jeune quand elle l'a rencontré.
Lui, très amoureux, avait réussi à allumer chez elle une passion qui ne se démentira jamais. Il l'a séduite avec des pétunias, qu'elle adorait.
Mais rapidement, elle déchanta devant son machisme. Elle avait une autre vision de l'amour.
Pour lui, une femme n'était bonne qu'à passer l'aspirateurJamais aucune reconnaissance de sa part.
Mais comme il refusait systématiquement le dialogue, un matin, au réveil, elle réussit à coordonner ses idées et lui écrivit une lettre au feutre rouge pour symboliser sa colère. Fichtre ! Il refusa de la lire. Elle l'envoya donc en recommandé par courrier postal. Cette lettre est dans le dossier.
Je vous demande beaucoup d'attention à l'examen des faits. Justine ne se doutait pas que sa lime à ongle était si pointue et qu'elle s'enfoncerait aussi facilement dans son cœur.
C'était un accident, mesdames, messieurs les jurés. Et vous allez l'acquitter pour qu'elle puisse prendre un nouvel envol dans la vie.

Rogermarc      Liste 8

Envol

Jak


Ce matin, Aline, tout en fumant nerveusement, fait glisser  l’aspirateur sur la moquette  feutrée, essayant ainsi d’apaiser son impatience.  Allumer cigarettes sur cigarettes, semble  calmer sa surexcitation.
Pour peu de temps. Tentant toujours d’apaiser son émoi, elle jette un œil par la fenêtre pour contempler le jardin.
Fichtre ! pense-t-elle, j’ai oublié d’arroser les pétunias, c’est une vision d’horreur.
Ils sont tous étalés, épars, leurs corolles en débandade. 
Mais il lui est impossible de coordonner ses pensées.
Elle s’active s’énerve, mouille sa lime*, rien ne fait,  cela vrombit dans ses oreilles, tout comme la sonnerie d’un réveil qui vous rappelle à l’heure.
Ce matin, elle a reçu par pli postal une missive qui bouleverse sa vie.
En effet, l’examen  minutieux des termes est formel : Elle est acceptée.
Sa vie va embrasser un nouveau tournant, elle prend enfin l’envol qu’elle convoitait depuis si longtemps :
Elle s’est engagée  dans l’humanitaire.
Ce matin Aline  éprouve de la reconnaissance pour la terre entière, enfin  calmée, elle jubile tout en pleurant de joie.

*Argot : chemise


Jak    Liste 8

Fichtre !

Annick SB



Reconnaissance éternelle
Prendre conscience que ma vie s’est allumée pour l’Eternité
Senteurs de pétunia, de chèvrefeuille sauvage, de figues, de mûres, de rose
Multitude d’odeurs enchanteresses
Senteur de vie, d’amour, de calme
A jamais …
Ce matin, en passant l’aspirateur j’étais en prière, ici, simplement, dans le flux de la poussière amassée et aussi déjà loin, cachée sous terre et dans ton Ciel
Poussière et lumière
Comment coordonner cette folle envie de crier ton nom et le silence sage qui permet l’humilité ?
Le réveil bat la mesure
Je remonte le temps entre mon pouce et mon index
Les aiguilles me guident
Le temps passe et je m’assure que tu es là en fermant les yeux : examen de conscience
Tic tac boum ; je ne chavire plus
Je suis droite, fière, présente à tes souhaits
Aimante de tes mots
Mon cœur bat la chamade
Je reçois par voie postale des missives du Ciel
Des paroles d’amour
La beauté de ce monde
La grandeur du pardon
L’espoir de te revoir
Ma boîte aux lettres ne se tait jamais
Je t’aime …
Les montagnes peu à peu rétrécissent, limées par les sommets, anéanties par la prière et devenant elles aussi poussière, terre, fragments brisés
Je n’ai pas de vision ; c’est ainsi
Juste une passion dévorante
Juste la sensation indélébile du marqueur sur la feuille, du feutre sur la peau
Ça ne passe pas, ça grandit, ça monte ; prête à l’envol
Oh mon Dieu, tant d’Amour que je ne saisis pas toujours
Paupières closes, j’entends
Tu me chuchotes aujourd’hui encore, que tout est possible …

« Tout est possible à celui qui croit. » Marc 9.23

Annick SB    septembre 2018

E comme envol

Adrienne



- Moi je trouve, déclare belle-maman tout en pinçant d'un coup sec les fleurs fanées de ses pétunias, qu'il pourrait te montrer un peu de reconnaissance... mettre son réveil le matin, passer l'aspirateur, au lieu d'allumer la télé et de regarder MacGyver... surtout que tu es en période d'examen et que tu as déjà bien assez de travail!
Verdorie! elle a ajouté avec force, comment traduit-on 'verdorie'? Fichtre? Nom d'une pipe? Sapristi?
Marie et sa belle-mère ont une tout autre vision de l'hospitalité accordée à Muanza.
- Je ne veux pas, dit Marie, donner de prise à ceux qui insinuent qu'on a accueilli Muanza parce qu'on avait besoin d'un boy.
Elle y repense, penchée sur ses copies, le stylo feutre rouge en main, quand elle entend les coups de klaxon du facteur qui remonte l'allée. Muanza se précipite dans l'espoir d'un petit paquet postal. Longtemps que Rosemund ne lui a plus envoyé de cassette.
Il revient en effet avec un petit carton tout cabossé et esquinte le scotch avec une lime à ongles, si nerveusement que ses mouvements sont mal coordonnés et le carton réduit en pièces.
Trente secondes plus tard, la voix de Rosemund, surmontée par moments de cris et de babils d'enfant, résonne dans la maison.
Muanza l'écoute les yeux fermés.
C'est comme un envol pour le Ghana.

Adrienne    Liste 8