Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Liste 11

1 agile
2 température
3 tempérance
4 percussion
5 arôme
6 fuite
7 rire
8 absorber
9 feutré
10 linceul
11 osier
12 ancillaire

et le treizième pour le thème : Noël

Pour conforter mon oncle W.

Joe Krapov



J’ai vu le teaser de la saison 24 de « A la recherche du temps perdu » ! J’ai trouvé ça écotoxique !


Difficile de trier le bon grain de l’ivraie dans ce soap-opéra ! La multiplication des personnages qui s’apostrophent, se mettent la pression, s’écharpent ou au contraire se boujoutent, se poutounent, se doucinent ou carrément se catleyent entre deux bouffées de vapoteuse, toutes les taches aperçues sur le buvard des scénaristes nous laissent renifler qu’on ne verra pas encore le bout de l’histoire au terme de ces épisodes-là ! Ils se sont gardé l’option d’une saison 25 ! Ca doit leur rapporter, quelque part, à ces travailleurs détachés  en voie de boboïsation ! Enfin, c’est l’opinion que je me forge.

Mais s’ils croient que cette version en mapping video projetée sur la façade de l’église de la Sainte-Madeleine sera césarisée, voire oscarisée, ils se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate ! On ne pouvait déjà pas se sentir bien dans son assiette après avoir ingurgité le teppanyaki de biscottes trempées dans le thé du frotteur prétentieux qui a pondu le pitch, alors cette déclinaison tire-à-la-ligne, alambiquée et quasi soaporifique, quand elle sera diffusée, moi je lui dirai niet ! Même pas en replay !

Et pour longtemps ! D’ailleurs, moi, dès ce soir, je me couche de bonne heure !

Joe Krapov   Liste 10

La dame blanche...

Annick SB



Quand elle ne se sent pas tout à fait dans son assiette, que le buvard des promesses  roses n’arrive plus à absorber les flots de sa tristesse, de sa pauvreté, de ses manques et de la rage qui fait battre son cœur, quand elle apostrophe en vain des inconnus aux écharpes tricolores qui veulent trier les gens pour faire entendre une cause charitable, alors, elle essaie de renifler un grand coup dans son mouchoir aux fleurs multicolores en fredonnant un air d’opéra comique  - La Dame blanche - et elle fait des multiplications dans sa tête ; les calculs ont l’art de la calmer.

Un  prétentieux fois deux égalent deux prétentieux, deux hypocrites fois trois égalent six hypocrites , trois arrivistes fois quatre égalent douze arrivistes, quatre extrémistes fois cinq égalent vingt extrémistes…

Lorsque la pression est trop grande, elle a une option en couleur qui se forge dans sa tête sous forme de question :

«  Dites-moi, sincèrement, est-ce ou non la saison du jaune ? »

Les sans-culotte ont fait place aux gilets mais il fait toujours aussi froid ….

Ce soir, en regardant le clair de lune, la dame blanche descendra en enfer et apportera quelques couvertures chaudes aux migrants dormant dans la rue …

Annick SB   Liste 10

Quelle vie !

Ghislaine 



Mais quel prétentieux ce type !

Le voilà qui vient me renifler comme s'il avait mis une option sur mon corps ! Non mais ! Déjà que je ne suis pas dans mon assiette aujourd'hui ! Il me met la pression encore !
J'ai des pensées vilaines ; je me vois lui mettre sa face de cake sur la forge pour le raser de plus près ! Il me gonfle avec son invitation à l'opéra ! Qu'il me laisse trier mes déchets, tranquille !!
C'est que j'ai à faire avec la multiplication des feuilles dans la cour, les buvards tachés jetés des fenêtres, les aiguilles de pin à éviter ! Ca ne me laisse pas beaucoup de répit et lui, il veut me faire écouter les quatre saisons !! Celle là me suffit diantre !
Dépité, il s'en retourne renifler une autre .......
Quelle vie de chienne quand même !!

Ghislaine   Liste 10


Presto

Vegas sur Sarthe


Germaine m'avait mis la pression en me sommant de venir auditionner chez elle séance tenante « Les quatre saisons » de Vivaldi – tube planétaire s'il en est – par l'Opéra de Prague – des virtuoses triés sur le contrevent selon elle – et par l'Orchestre philharmonique tchèque au grand complet-veston.
Je n'étais pas dans mon assiette avec cette grande écharpe enveloppant ma gorge et j'avais peur de renifler bruyamment au moment des pianissimo sempre, ma respiration style soufflet de forge risquait même de couvrir le tonnerre du fortissimo presto.
Je n'avais que deux options : la multiplication des antalgiques ou – au risque de passer pour un prétentieux – décliner ce tête à tête entre mélomanes voire plus si affinités.
Avant qu'elle ne m'apostrophe je rédigeai à la hâte ce petit billet sur un kleenex qui tenait davantage du buvard :
Décimé par « L'inverno », puis-vous suggérer de patienter jusqu'à « La primavera » ?

Finalement, bravant germes et bactéries et cette fichue Liste 10, nous n'attendîmes pas le printemps pour effeuiller la marguerite mais ceci est une autre histoire...


Vegas sur Sarthe   Liste 10

Le paradis perdure

Célestine



Ah mes lecteurs chéris, pendant que vous me combliez en m’offrant vos options d’escapades pour mon futur voyage à Paris que j’effectuerai en décembre, je descendais, à la Rimbaud,  un fleuve impassible sur mon bateau un peu ivre. Voilà la raison de mon silence : j'étais muette d'admiration.

Le ciel est d'organdi, festonné d’une écharpe en nuages.
Le fleuve étend ses ailes de sable sans contrainte, loin, bien loin des rives emmurées des autres fleuves. Les aigrettes trouent l'espace de leur blancheur, et les barques-maisons ont cousu sur le bord, à petits points, leurs ancrages qui clapotent au vent d'ouest.
Les ponts nous ont portés,  romantiques et solides, ma vie, mon amour, jetés comme des flèches par-dessus les remous. Les reflets des saisons zèbrent le ciel des demeures royales.
Souviens-toi, on a vu des vignes écartelées de pourpre, faire dévaler leurs grappes en cascades à côté des ardoises et trier le bon grain de l’ivresse.
Les façades de tuffeau étincelantes au crépuscule. Les fenêtres ouvrant sur l'azur délavé.  On a vu les forêts bruire de chevreuils et de lièvres furtifs. Des chasseurs prétentieux en livrée. Des chiens en meutes comme dans un Downton Abbey de velours côtelé et de frais crottin. De vieilles forges abandonnées à la ruine des pierres.
Les chemins de terre n'ont rien à craindre des routes. Ils accueillent des îles et des villages blottis qui nous font un cerceau de lumière. La fougère transpire et frissonne sous la brume. La nuit comme un buvard absorbe l’ombre. Le bois exhale des parfums d'insomnie dans les ornières de boue des clairières.
L'amour s'ébroue dans les roseaux, sous les tuilières, dans chaque vol de buse ou de héron.
La Loire est un fleuve admirable, piqueté de châteaux précieux comme autant de diamants sur le brocart des songes. La Saint Barthélémy, l'assassinat de Guise et la reine Margot apostrophent le temps, hantent les corridors battus du vent aigre du passé. On renifle le sang, on rejoue l'opéra tragique de l'histoire dans des assiettes d’or.
Mais nos gestes sont en vie.
Voilà un voyage comme je les aime, où l’on joint le Soi à l'Autre par un fil tressé de beauté et de calme. Sans pression.
Découvrir, contempler, multiplier les sensations. Humer l'air. Boire l'air.
Aimer. Vivre.

Célestine    Liste 10

Liste 10

1 assiette
2 buvard
3 apostrophe
4 écharpe
5 trier
6 renifler
7 opéra
8 multiplication
9 prétentieux
10 pression
11 option
12 forge

et le 13ème pour le thème : saison

Dernière fois

Adrienne



La dame de l'accueil jette un regard de plus en plus énervé en direction du gros cadran qui marque l'heure. En principe, elle finit sa demi-journée dans cinq minutes, mais elle sent qu'elle va devoir lâcher prise: aucune possibilité de faire avancer plus vite les formalités avec la petite vieille dame qu'elle a devant elle et qui vit dans sa bulle, les doigts serrés sur le fermoir de son antique sac à main de cuir noir.
Il est clair qu'on ne lui a pas demandé son opinion quand on a décidé de lui faire quitter son intérieur douillet, avec ses broderies à l'ancienne sur l'appuie-tête des fauteuils et ses antiques persiennes.
On lui a mis aux pieds une sorte d'espadrilles trop grandes pour elle, on l'a embarquée dans la voiture de l'aîné de ses neveux, et la voilà devant des papiers qu'elle n'a pas lus et qu'elle signe sans rechigner, de sa belle écriture un peu penchée.
- Vous pouvez la mener tout de suite au réfectoire, dit la dame de l'accueil, c'est de ce côté.
Précision inutile, il n'y a qu'à suivre l'odeur de la soupe de courgettes et les bruits de vaisselle.

Adrienne   Liste 9

Echappées belles

Jak



Lisa à travers ses persiennes, espionnait son voisin jardinier.
C’était la distraction de la journée.
Une attitude obsessionnelle et super-perfectionniste   pour son travail,  avait entraîné un burn-out.
La posture zen n’était pas dans ses possibilités.
Mise au repos obligatoire, elle s’était enfermée dans une sorte de bulle, s’isolant et ne voulant voir personne.
Son psy lui avait conseillé de noter avec précision tout ce qu’elle vivait. L’écriture l’aiderait, selon son  l’opinion,   pour en  finir avec sa dépression.
Ainsi, lorsque 15 heures sonnèrent au cadran de l’horloge, elle ouvrit le fermoir de son journal intime pour consigner ses humeurs et réflexions du jour.
Elle écrivit, rapidement, sans application, ayant peur d’oublier quelques menus détails, supposés être importants
Elle abandonna son bureau, puis revint à la fenêtre.
Le jardinier était toujours là.
Au bruit des volets qu’elle entrebâilla légèrement, il leva les yeux
Pour rester discrète elle se reculât, et s’entremêlât dans les lacets dénoués de ses espadrilles : elle s’affalât de tout son long en poussant un cri aigu.
Le jardinier qui avait ses entrées pour de menus services rendus, l’entendit.
Alarmé, il courut pour voir ce qui se passait.
D’un pas sonnant sur ses vieux sabots, Il franchit l’accueil et la trouva essayant de se relever péniblement.
Il voulut la maintenir, mais dans sa précipitation pour la secourir, Il échappa les deux courgettes SIAM à la peau particulière ressemblant à une broderie marbrée.
Effectuant leur cueillette, il les avait gardées dans ses mains dans sa précipitation
Elles éclatèrent, rependirent leurs nombreux pépins sur la moquette, la rendant encore plus glissante.
Alors, un rire communicatif sorti à l’identique de leur gorge déployée, rire  éclatant lui aussi, mais de gaieté.
Jak   Liste 9

Un après-midi comme les autres

La Licorne



Elle termina lentement sa vaisselle, regarda le cadran de l'horloge et vit qu'il était 14 heures. 
Que pouvait-elle bien faire cet après-midi , afin d'éviter la lente et désespérante coulée du temps, le tic-tac monotone des secondes inutiles à l'abri des persiennes et du soleil encore vif d'un automne débutant ?
Elle envisagea tour à tour quelques possibilités :
Sortir de sa "bulle" et aller faire l'accueil chez Emmaüs ?
Finir la broderie de fleurs sur les espadrilles de sa petite-fille ?
Aller ramasser les dernières courgettes du jardin partagé ?
Partir dans les magasins à la recherche d'un fermoir neuf pour son collier préféré ?
Allumer la radio et écouter les opinions des uns et des autres sur le remaniement ministériel ? 
Non, rien de tout cela, finalement...
Sa décision était prise. 
Adieu les futilités ! 
A son âge, chaque jour était précieux. 
Elle attrapa une feuille blanche et de sa plus belle écriture, avec un léger sourire aux lèvres, elle commença :
Cher monsieur, je m'appelle  Simone, j'habite dans le même immeuble que vous et cela fait plusieurs semaines que je me disque je serais heureuse de faire votre connaissance...

La Licorne    Liste 9

Totor Indécis

Ghislaine


A l'accueil, sous le cadran de l'horloge, on pouvait laisser ses suggestions ou opinion quand on venait de finir son repas et les avis étaient bienvenus.

L'association aimait à rendre les gens contents de leurs passages chez eux. Ce midi c'était courgettes en prise avec des lardons et crème fraîche.
Ou la possibilité de choisir une ratatouille gratinée au four ! Totor était bien indécis !
Qu'allait manger ? Mais surtout, qu'allait il écrire ensuite dans la boite à idées !
Enfermé dans sa bulle de réflexion, il ne vit pas Gigi qui arrivait en espadrilles et vieux pantalon que couvrait un chandail délavé.......
Elle lui tapa sur l'épaule et dit :
"""Ah heureusement que je sais où te trouver ! Regarde un peu, je me suis coincé le fermoir de mon collier dans les cheveux !!  Aide moi à l'enlever de là !!
Depuis ce matin , il ne m'arrive que des cagades ! En ouvrant les persiennes, j'ai cassé la barre de fermeture, j'ai mis au lavage mes broderies même pas terminées,
Totor j'ai la guigne je te le dis !! Et toi tu me serines avec ce que tu vas manger et ce que tu vas écrire dans la foutue boite !! Non de non  Totor, c'est bien trop gras pour tes artères, viens donc manger à la maison, ce sera plus sain et  enlève moi ce sacré fermoir de ma tête !! Diantre quel lambin tu fais !! """

Totor réussit à lui libérer les cheveux et sur le chemin du retour, il se demandait toujours ce qu'il pourrait bien écrire la semaine prochaine, dans cette boite à idées !!!

Ghislaine    Liste 9

Emmenez-moi

Vegas sur Sarthe



L'écriture était fine, on eut dit de la broderie, pourtant il n'y avait qu'une
adresse : 2 rue Sarasate Paris XV.
J'entrevoyais la possibilité de me faire mon opinion. Je m'y rendis.
Les persiennes étaient closes et des parfums de courgette flottaient sur les
trottoirs comme des bulles automnales prises au potager.
A l'accueil on me recommanda de me déchausser pour enfiler des espadrilles et
d'attendre que l'aiguille pointe six heures au cadran.
A l'heure dite j'y trouvai Giorgio - le fils maudit - ainsi que deux canaris et une
chatte et puis des amis, des amours, des emmerdes... et sur le cercueil, un lourd
fermoir frappé de ces mots dorés « Emmenez-moi »

Vegas sur Sarthe    Liste 9