Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, l'atelier d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Pause estivale

 

Bon repos à chacun, chacune !



Et surtout, ne faites pas la tête ; je vous offre quelques pistes d'écriture pour les vacances : 

La maison est close

 Ghislaine



Le cercle des thermes annonce sa fermeture définitive.

Tout est devenu obsolète au 53 bis de la raison.

Les vélos amphibies ne pédalent plus, l'animal velu qui nous servait de coach est parti au pays des nuages, laissant ses plus accros pleurer sur son sort ou sur leur urticaire à cause du chlore.

Les tapis de sol sont fourrés aux punaises de lit,

Les ballons sont crevés de fatigue, les cabines n'en sont plus et les douches n'ont plus d'eau.

Mais ce qui m'ennuie le plus, c'est ma belle tunique, achat bien dispendieux pour séduire le directeur.

Mon stratagème tombe à l'eau !

Comment voulez-vous qu'on avance dans la vie et se bouger les fesses si le cercle des thermes ferme ses portes ?

Je vous le demande !


ça gratte

 Vegas sur Sarthe



 

La fermeture des thermes devenus obsolètes et où je soignais quotidiennement mon urticaire m'obligea à reconsidérer le problème.

Depuis des mois je vivais comme un animal sauvage car mon cercle d'amis s'était réduit à mesure que je me grattais.

Penché sur mon bol de café où le nuage de lait formait sans raison un étrange point d'interrogation, je réfléchissais.

La vie, c'est comme le vélo ; il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.

C'est alors que j'ai avisé cette tunique de cycliste aux couleurs de Cofidis, un achat compulsif d'il y a trois mois que je portais très souvent sans jamais l'avoir lavée ...

La tartine de pain bis en plongea dans mon bol !


Avancer, toujours...

 Jill Bill



Avancer, toujours avancer dans la vie

Juste reculer, pour mieux sauter,

Le passé étant obsolète, sans bis,

Seul le présent compte, et demain... !

 

Bon, soit, une halte aux thermes

Pour se ressourcer

En tong et tunique, enfin peignoir

Se sentir léger comme nuage,

Cercle privé

Petit comité

Trinquer à l'eau de source

Faire un peu de vélo, d'appartement...

 

Oublier ainsi la société

Qui parfois vous donne de l'urticaire,

Faire la fermeture

Sur ses soucis propres

S'offrir un achat, compulsif, animal

A tort ou a raison...

 

Prendre cette vie par le bon bout

Aller de l'avant

Quoi qu'il en coûte... Rien n'est tout rose ou tout noir !


Liste 49

1 thermes

2 fermeture

3 animal

4 raison

5 cercle

6 nuage

7 achat

8 bis

9 tunique

10 urticaire

11 vélo

12 obsolète


et le 13 ème pour le thème : avancer

Evasion

 Anne-Marie



-WU ! Braille madame Blanpain, tellement fort que son dentier lui en sort de la bouche.

 Elle le refourre prestement à sa place puis, victorieuse, elle pose ses deux lettres sur la grille.

-Le W compte triple ! Ajoute-t-elle et on entendrait presque le « nanananèreeeeu ! » qui se cache derrière son sourire malicieux.

-Scrabble ! Avec votre U, je fais CUBIQUES ! Chevrote Monsieur Blansec ! Et toc vieille berdelle ! Vous l’avez dans l’ baba avec vot’ W !

« Et moi, j’en fais quoi de mon tirage de m…. ! » Pense Adèle très énervée !

La patience devrait pourtant compter parmi ses vertus ! Mais là, c’en est trop !

Voilà qu’en plus des parties de dominos qui la gavent, elle doit maintenant se taper des parties de ce jeu de lettres qui n’est vraiment, mais vraiment pas sa tasse de thé !

On n’a pas idée non plus de mettre un max de points à de tout petits mots et quasiment que dalle à un grand comme celui qu’elle a en réserve !

Un court instant, ses pensées s’évadent et c’est la libération.

Oublié l’habillement strict exigé par sa profession. La voilà en short, tee-shirt, baskets… Balade dans la garrigue parfumée avec Narcisse, le fox-terrier de ses parents…L’odeur enivrante du seringat dans leur joli jardin.  Le ballon oublié dans lequel elle a shooté comme une folle, comme au bon vieux temps avec son frère aîné…Les libellules au bord de l’étang…

Un kaléidoscope de sensations denses, de couleurs, de senteurs…

-C’est à vous Adèle ! Grince Madame Blanpain, une note d’impatience dans la voix

Alors, apaisée, un sourire heureux aux lèvres, elle pose les lettres qui ne lui rapporteront pas grand-chose, mais elle s’en fout :

- B O R H N U , avec votre E Monsieur Blansec, ça donne :BONHEUR !

Et elle tire six lettres qui viennent compléter ce maudit K qui lui reste.



Liste 46

Dans les airs

 Mary Grimoire



Dans les airs

A neuf ans, j’avais assisté pour la première fois à l’envol d’un de ces vaisseaux de tissu qui n’avaient pas besoin d’être gonflés à l’hélium comme les ballons de baudruche pour s’élever dans les airs.  On m’avait alors appris qu’ils se nommaient « Montgolfières ».

J’avais été immédiatement fasciné ! Mon regard fixé sur la flamme qui jaillissait par intermittence, mes pensées s’étaient envolées dans le ciel avec les passagers qui nous saluaient à grands mouvements de bras. Depuis ce jour, j’avais collectionné tout ce qui évoquait ce moment incroyable : des miniatures, des posters, et surtout des livres dans lesquels je me plongeais pendant des heures et des heures…jusqu’à en oublier de me nourrir. Seuls les gargouillis intenses de mon ventre me rappelaient qu’un repas m’attendait quelque part ! Cette passion ne m’avait jamais quitté. Trente ans plus tard, je continuais à participer à tous les rassemblements de ces engins extraordinaires qui provoquaient à chaque fois mon admiration. Alors, lorsque j’ai appris que plusieurs dizaines de ces merveilles allaient décoller de la prairie en bas du château de Bel Air, perché sur la colline de mon village natal, mon cœur battit la chamade tel un tambour annonçant un événement exceptionnel !

Dimanche 23 septembre, 6h tapante, j’y étais. Rien ne m’échappait. Installé en haut du donjon du vieux château qui surplombait la vallée, je pouvais tout observer : les navigateurs s’activer autour des toiles étalées sur le sol, les admirateurs commencer à s’installer, … Toutes les couleurs qui envahissaient le vert tendre du pré formaient un patchwork fabuleux. Petit à petit, les ballons se gonflaient d’air chaud, grossissaient…pour enfin s’élever au-dessus du plancher des vaches. Certaines nacelles présentaient quelques signes d’usure, mais leurs passagers ne semblaient pas s’en inquiéter, trop excités par le nouveau défi qui leur avait été lancé : parcourir la plus longue distance en vingt-quatre heures. La lutte pour la victoire s’annonçait palpitante. Le ciel était d’un bleu limpide et une douce brise permettait aux montgolfières de se mouvoir délicatement telles des feuilles d’automne emportées par le vent. Toutes les conditions nécessaires au succès de l’événement étaient là.

9h. Tous les participants avaient quitté le sol. Toutes sortes de couleurs vives ou pastelles, de formes variées embellissaient le ciel azur. Le combat pour la première place commençait à se durcir, même s’il restait amical et inaperçu des néophytes. L’équipage des francs-comtois, des amis rencontrés lors d’un rassemblement ultérieur, était en tête, suivi de près par un ballon tête de chien qui me fit sourire. D’autres attendaient patiemment à l’arrière pariant sur l’endurance de leur embarquée ou sur d’autres stratégies.

Midi. La prairie s’était progressivement vidée de ses occupants. Certains armés de gros objectifs performants tentaient de suivre encore un peu les derniers points multicolores qui s’évanouissaient à l’horizon. Quant à moi, j’ai remballé mon matériel photographique et je suis rentré suivre la fin de la course sur la chaine locale. Les ballons se laissaient porter au gré du vent, mais leurs capitaines les guidaient en main de maître : la distance entre les premiers et les derniers s’allongeait.

18h. J’étais en train de trier les photos de la matinée sur mon ordinateur, et de sélectionner les meilleures d’entre elles pour le prochain numéro du magazine « Imag-in » pour lequel je travaillais, quand j’appris que, malheureusement, mes amis avaient dû abandonner au bout de deux cent quarante-sept kilomètres parcourus, leur toile ayant été percée suite à une collision avec un vol d’étourneaux. Le suspens était intense : quel équipage allait gagner la course aux kilomètres ?

Minuit. J’ai fini par m’endormir devant la télévision…Mon corps n’a pas voulu d’une nuit blanche !

6h15.Les gagnants, ou plutôt les gagnantes, trois copines passionnées, ont posé leur nacelle à huit cent soixante-deux kilomètres du point de départ. Leurs sourires fatigués rayonnaient du même bonheur que celui qui pouvait être lu sur mon visage lorsque j’avais vu ma première montgolfière décoller.

Liste 48


Lutte perdue d'avance

 La licorne



Il lutta pendant une demi-heure, puis referma son livre (dont l'usure était si imperceptible qu'on le lui avait vendu "comme neuf") et reporta sa lecture de "Donjons et dragons" à un jour ultérieur. Pour l'heure, il sentait son ventre se durcir de minute en minute : après le cassoulet de midi, son estomac était devenu si gros qu'on aurait pu le croire gonflé à l'hélium...

Mamie Lucette avait beau être du Sud-Ouest, elle aurait quand même pu faire un effort et le nourrir de mets plus légers ... Il le lui dirait demain. Délicatement. Mais là, il ne se sentait plus la force de faire quoi que ce soit...Il s'allongea dans le canapé et sombra immédiatement.

Le sommeil avait gagné.


A l'usure


Vegas sur Sarthe


La vie est une lutte d'usure que tout un chacun espère gagner contre vents et marées et surtout contre ses démons.

Ainsi quand Germaine luttait âprement pour la condition féminine à grands coups de tags sur les murs et de manif parisiennes de mon côté je bataillais contre un embonpoint sournois qui avait fait de mon ventre un gros ballon gonflé à l'hélium, conséquence des neuf bières quotidiennes auxquelles je sacrifiais avec avidité.

Réfugié dans les derniers retranchements du donjon que constituait mon espace privé entre Ektorp et Samsung – entendez par là entre canapé et télévision – j'avais dans ma lutte pris le taureau par les cornes et la littérature diététique par les bouquins les plus volumineux.

 

Sachant qu'un livre de trois cent pages tel que « Comment maigrir heureux quand on n'aime ni le sport ni les légumes » mesure environ huit centimètres d'épaisseur et en surélevant les pieds de devant de mon Ektorp je modifiais mon assise et soulageais ma panse pour jouir au mieux des émissions de Gym Tonic et me nourrir jusqu'à point d'heure des recettes délicatement twistées de Top Chef.

A point d'heure c'était l'heure où Germaine rentrait de sa manif ou de sa soi-disant réunion, exténuée et échevelée avec ces mots virils «On va durcir le mouvement »

Je me refusais à comprendre ce qu'elle entendait par là tandis qu'elle ajoutait rituellement « Qu'est-ce qu'y a à bouffer ? » et je reportais rituellement ma réponse à une date ultérieure.

Après tout chacun sa lutte, bon sang !


Dénuement...

Jill Bill 



La vie est une lutte quand on naît et reste pauvre sur une terre de peu...

Demain comme hier, rien de neuf, le livre est écrit à l'avance, les femmes noires au ventre rond donneront naissance, encore et encore, enterreront certains de leurs jeunes enfants, ultérieurement, de maladie, de faim quand elles ne peuvent les nourrir que de temps à autre...

L'eau manque et pas que... Elle est usure quand il faut la chercher à des kilomètres pour faire bouillir une piètre marmite sur un feu de petit bois, en plein air...

Ces mômes à l'abdomen comme gonflé à l'hélium, gros, aux yeux entourés de mouches, au regard triste, ont une vie à l'antipode des nôtres bienheureux, insouciants, que rien ne vient durcir, élevés dans leur donjon de confort...

Délicatement une mère en pleurs enterre son nourrisson, défunt, les charognards à l'affût d'un cadavre à ronger...


Liste 48


Liste 48

1  durcir

2 hélium

3 neuf

4 quand

5 gros

6 usure

7 nourrir

8 donjon

9 ventre

10 livre

11 délicatement

12 ultérieur

et le 13 ème pour le thème : lutte


Pour info je reprends un rythme mensuel pour cet atelier. 

Les listes paraitront le 13 de chaque mois.

Bonne inspiration !


Le ras le bol d'Adèle

Anne-Marie



L’irritation la gagne et le coup de barre la guette ! Il y a de quoi !

La navette quotidienne entre son boulot à l’Ehpad et l’appartement au sixième sans ascenseur où elle habite, l’épuise !

« Oui, sans ascenseur, pense-t-elle rageuse, vu que ce dernier est constamment en panne ! »

Tout semble se liguer contre elle en ce moment. Sa vieille bagnole est au garage, les bus sont en grève…

Et ce soir, c’est le pompon ! Avant de rentrer, elle doit encore passer à la laverie pour récupérer la batée de linge qu’elle y a déposé ce matin, parce que pour comble de malchance, sa machine à laver l’a traitreusement lâchée hier !

Ah, elle peut le dire, ces derniers temps, les couleurs de sa vie sont largement uniformisées dans les tons les plus sombres !

La liste s’allonge de tout ce qui la gave !

Les sempiternelles parties de dominos qu’elle s’impose, conscience professionnelle oblige - avec madame Blanpain et monsieur Blansec au cours des ateliers récréatifs de l’après-midi.

Le chien du voisin du dessus qui ne cesse d’aboyer et qui pisse dans l’escalier.

Les coups de téléphone de ses parents qui la serinent pour qu’elle change de  vie, de boulot, de ville…

-Trouve-toi quelqu’un de bien ! Fais-nous des petits enfants

Et bla bla bla !

Toutes ces nuits où elle ne peut dormir à cause de tout ça.

Même arroser l’hibiscus sur son balcon est devenu une corvée ! Il en meurt le pauvre !

Ras le bol !  Un ras le bol immense !

Et pour couronner le tout, il y a les incessantes notifications de son ex sur sa messagerie, depuis qu’il lui a fait cette proposition ambiguë et pour laquelle elle ne lui a pas encore donné de réponse :

-Ma sœur se marie   la semaine prochaine, Carole m’a laissé tomber ! Tu connais Maud !  Si je viens seul elle va encore essayer de me caser avec cette chère Lola ! Je t’en supplie Adèle, accepte, après ça je te jure que je ne te demanderai plus rien !

Et ce qu’il y a de vraiment ambigu dans cette affaire, c’est qu’elle a bien envie d’accepter, parce qu’en dépit du fait qu’il l’ait abandonnée pour sa meilleure amie, elle l’aime encore ce salaud ! 


Liste 47