Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



Secrets




Dans le silence blanc d’un automne enneigé par une nuit soudainement très fraîche,
Alors que nul écho ne pouvait la troubler,
Sur une branche, je vis, au petit matin, telle une marionnette, une toile d’araignée que le lent balancement du vent ne semblait pas gêner.
Le parfum du froid agitait mes narines avides et camouflées.
Mes pas crissaient.
Je souriais.
J’étais bien, seule, dans l’écoute paisible du vent qui faisait se mouvoir les particules glacées, tourbillonnant lentement, puis plus vite, telles des virgules de soie givrées qui dansaient.
Le bruit était imperceptible, ténu et prenait pourtant la permission de me livrer ses secrets.
Il m’a semblé entendre le chant de ce verset : 
 
Le vent souffle où il veut et tu entends le bruit, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Il en est de même de l’Esprit.”

Cette dentelle bougeait sous mes yeux sans se froisser.
Ce tourbillon de froid, que rien ne pouvait altérer tissait en mon cœur le bien-être douillet que j’étais venue chercher.
La nature était majesté ; reine d’une heure, d’une matinée. 
J’avalais ces bouffées de froid comme des dragées.
Sur la route, personne. 
 
Les gens d’ici, habitués, étaient restés devant leurs cheminées, leurs poêles à granulés.
Et moi, novice, seule, heureuse et motivée comme une jeune mariée, je partais photographier dans cette ambiance glacée, 
un arrosoir gelé, 
un oiseau affamé, 
une branche habillée, 
une baie rouge-orangée criant sa beauté dans l’immensité immaculée.
Sans oublier, bien sûr, cette toile d’araignée étrangement rescapée qui semblait me fixer. 
 
Le vent n’était pas chafouin, juste présent, vivant, dansant.
J’étais bien …
Ah ! Quel délice d’appréhender enfin la nature apaisée, d’écarquiller les yeux sur tant de beauté et de sentir le vent, ami, me souffler les secrets que mon cœur attendait.


Annick SB      Liste 22


Rien ne remplace une maman

Petitmoineau


MINA est ma petite marionnette qui me suit partout même lorsque je prends la route pour aller à l’école. J'ai réalisé Mina avec une épaisse branche d'arbre pour le corps et 2 plus fines pour les bras et les jambes. Je l'ai habillé avec des bouts de tissus froissés et j'ai utilisé une bouchon de liège pour faire la tête puisj'ai collé quelques brins de laine or pour les cheveux. Afin que son visage ne soit pas trop chafouin, je lui ai collé un petit chapeau entouré d'une ganse de cuir tréssé qui la cache un peu. En souvenir de ma maman disparu brutalement, je l'ai vaporiser avec son parfum préféré « la vie est belle » et je lui ai même dessiné un petit tatouage représentant un point virgule, qui signifie espoir et survie. Comme je ne veux pas que ma belle-mère la voit, je la cache dans le fond de l'arrosoir qui me sert de lampe de chevet. Ce matin maman est partie depuis un an alors je prends mes chaussures, et surtout MINA puis sans demander la permission, je sors de la maison et emprunte le chemin qui m'amène vers le cimetière familial. A peine arrivé je m'assois devant la sépulture. Involontairement mon corps effectue un balancement comme pour me bercer et là tel un écho, je reconnais une comptine que nous fredonnions ensemble le soir. Lorsque plus tard je me réveillais de ma torpeur, je me souviens que ma belle-mère était là en train de me hurler dessus : Que fais- tu ici  ingrate !!! Sors d'ici, tu va altéré la nouvelle demeure de ta MAMAN. Elle m'attrape le poignet en le serrant fort et me dit : «  Pas un mot à ton père de tout ceci ou sinon tu t'exposera à de sérieuses sanctions ». Nous rentrons et heureusement pour moi j'ai eu le temps de cacher Mina dans mon pull afin que personne ne la vois car je pense que j'aurais passer un très mauvais moment...

Petitmoineau     Liste 22

Campo

Jak


En ces années-là, au 15 juillet on donnait campo aux élèves de primaire.
Total éclatement !
Drôles, garnements, chenapans, itou les écoliers studieux,  tout ce monde était en effervescence.
Oublié le visage chafouin
 de la maitresse du cours de morale !
A eux, les balancements entre  les branches des arbres du parc pour ces Mowgli en  puissance   !
Fini le calcul laborieux du remplissage d’arrosoir du pauvre jardinier qui devait verser une pleine chantepleure au pied de chacun des poiriers qui bordent l’allée, sachant que la distance... etc … !
Terminée la dictée avec ses points et ses virgules
 à placer strictement, ses verbes et adjectifs variables ou invariables, et autres difficultés malignes !
Tous étaient avides, altérés, assoiffés, affamés de jeux, et surtout d’indépendance.
Agités comme des marionnettes des garnements aux shorts froissés s’affrontaient en comparant leur capacité de mâle.
D’autres lançaient en tous sens leurs billes en l’air ; même l’agate n’était pas épargnée.
Dans la cour voisine, les filles, cheveux tenus par des ganses de couleurs vives, robes à bretelles, jupes plissées, lançaient avec une vigueur libératrice leur "hulla hop" autour de leur corps encore fluet.
Tous avaient la permission de s’évader, de courir débridés sur la route
 des vacances.
Enfin étaient venu ce jour béni qui leur accordait la liberté jusqu’au 30 septembre.
Il était loin, très loin le premier octobre qui les ferait à nouveau respectueusement se mettre en rang au son aigrelet de la cloche fêlée.

Un parfum de liberté régnait dans les airs.
Tous répétaient en écho
 :
L’école est finie ! l'école est finie !


Jak      liste 22


Permission de pleurer

Laura


Balancement entre le très mal et le moins mal
Sous un arrosoir  de très mauvaises nouvelles
Un parfum de fini, de regrets et de remords
J'évite l'air chafouin
Et mon corps me dit sans chagrin
Point final au lieu des virgules sensuelles
Cœur froissé mais ça ne se voit pas
Habitué de la ganse
Tu me laisses comme une marionnette
Sans mains pour la faire vivre
Je voudrais garder l'écho de ta voix
Et ton corps sans l'altérer
Poursuivre ma route
Permission de pleurer?


Laura      Liste 22


Expéditif

Vegas sur Sarthe


Sans permission il a froissé ma jupe – qu'il soit joyeux ou chafouin c'est toujours ainsi qu'il me branche – alors on a quitté la route, loin de l'écho des voitures même si rien n'aurait pu altérer notre faim, en quelques balancements la marionnette est sortie de sa ganse... puis survint l'arrosoir.
D'un savant coup de langue j'ai cueilli une virgule au parfum musqué.


Vegas sur sarthe    Liste 22

Les permissions du pégou

Yvanne


Il répétait sans cesse «circule, virgule ou je t'apostrophe » quand il croisait quelqu'un sur sa route. Il avait retenu cette formule, chère à l'instituteur du village, du temps où il fréquentait l'école. On l'appelait le pégou parce qu'il était un peu simple, pégou signifiant « idiot »en occitan. Il n'était pas rare chez nous d'avoir un sobriquet, quelquefois son prénom ou son nom juste altéré pour le rendre amusant, ironique...
Le pégou allait jusqu'au bourg pour acheter le pain. C'était la seule escapade autorisée par sa mère. Et ces permissions, si elles faisaient sortir le garçon de ses bois où il vivait reclus avec sa parente, ne se passaient pas toujours le mieux du monde.
Il marchait par à-coup en se dandinant. On aurait dit une marionnette. Les galopins imitaient son balancement des hanches en l'exagérant, ce qui le rendait furieux.
Il inquiétait les petits avec son regard chafouin quand il se promenait dans le hameau. Il se servait d'une grosse branche qu'il brandissait devant lui comme pour se défendre. Personne ne lui voulait de mal bien sûr mais il n'aimait pas que l'on se moque. Et les plus téméraires des gamins ne s'en privaient pas. Ils hurlaient fort son surnom que l'écho répétait à l'envi.
Ses vêtements froissés et toujours imprégnés d'un parfum de sous-bois trahissaient sa propension à dormir à la belle étoile. Il portait autour du cou, au bout d'une ganse, un tout petit chantepleure que l'instituteur révolutionnaire et malicieux lui avait donné parce qu'il était né un 28 juillet, jour de l'Arrosoir (le 10 de Thermidor) selon le calendrier républicain.
Si vous rencontrez un pauvre bougre qui vous prend pour un signe de ponctuation lors de vos balades en forêt, n'ayez aucune crainte : ce n'est que le pégou.

Yvanne    Liste 22

Liste 22

1 balancement
2 arrosoir
3 parfum
4 branche
5 chafouin
6 virgule
7  froissé
8  ganse
9 marionnette
10  écho
11 altérer
12 route

et le 13 ème pour le thème : permission

Jour des morts et monument funéraire.

Yvanne


 - Je n'y couperai pas   siffle entre ses dents le petit Marius. Rageur, il donne des coups de poing dans  la porte de sa chambre bleu-azur. Ça y est, Mamie Germaine l'appelle. Voici l'heure de se rendre au cimetière.
Si elle pouvait se  prendre les pieds dans le tapis, ce serait chouette. Chouette ! Chouette ! Mamie  ressemble à une vieille chouette chantonne-t-il en faisant des pirouettes. 
  - Allez Marius ! Dépêche-toi. Papy nous attend.
Qu'est-ce qu'elle est bête ! Papy Maurice nous attend pas : il est mort quand le camion de sable s'est renversé sur lui.  Et puis la touche de Germaine : elle y est pas allée mollo sur le rouge à lèvres et la poudre de riz. Justement, si Papy la voyait il lui ferait encore – c'est Germaine qui disait ça - son récit  académique, non, adamique : « pas étonnant que l'autre, là-haut, dans son Jardin se soit fait avoir. Toutes les mêmes... » Je ne comprenais pas trop ce qu'il voulait dire mais Mamie se précipitait vers son tricot ou son tissage en lui répondant qu'elle en faisait de la balançoire, enfin qu'elle s'en balançait de ses réflexions à la c. 
Bon. Nous y voilà à la nouvelle maison de Papy.  Mamie crâne en répétant pour la centième fois à la famille présente qu'elle a voulu un monument vena...cu...je ne sais plus, vernaculaire je crois pour son cher époux disparu. En tout cas, c'est très moche moi je trouve. Et la voilà qui pleure. Tu  parles, pas pour de vrai : elle arrêtait pas de l'engueuler ce pauvre Papy alors ! 
   - Venez  tous à la maison pour une petite collation s'écrie  Germaine subitement consolée. Ouf ! Heureusement parce que moi je me les gèle. 

Yvanne     Liste 21

Un monument de paperolles

Jak


L’horizon d’un bleu azur scintille au-delà du mur de la villa de Cabourg
L’enfant adoré, le « Chérubin », regard rêveur, s’envole au gré des aller-retours saccadés de la balançoire, que d’un coup de fesse, il relance dès le moindre relâchement 
Un doux zéphir féerique chahute et siffle dans ses boucles adamiques  
Il est là, depuis longtemps, l’ennui le gagne, et tel le tissage d’une araignée, une toile de torpeur s’installe dans les méandres de son cerveau pour mieux l’accaparer, Dès lors, il dort à poings fermés.
Fulgurent, un bourdonnement de frelon le titille. 
D’une pirouette il s’extirpe de la balochoire * et choit sur le tapis de feuilles automnales.
Le désœuvrement le regagne. Rien ne semble l’intéresser.    Il demeure en un rêve éveillé sans notion du temps, ni de ce qui l’entoure.
Une clochette retentit. Voici enfin l’heure de la collation, annoncée par l’odeur du chocolat   préparé rituellement par tante Léonie, le « quatre heures » qui marque une pause parfumée dans sa longue journée d’errance.
Mais il s’ennuie encore et encore.
Même les madeleines ne semblent pas le surprendre, elles s’évaporent de sa mémoire tout comme la buée du chocolat chaud.
Puis « Chérubin » décide d’aller aux confins du jardin, près de la plage pour courir sur le sable à la recherche de bois flotté qui le chavire et le touche 
Un château, fait des brindilles rapportées, alors nait de ses mains qui semblaient si oisives, tout comme plus tard il collera avec application des ‘paperolles‘   sur des feuillets pour transcrire son monument littéraire  .

   -Balochoire (nom vernaculaire , pour désigner la balançoire)
Jak     Liste 21


On choisit pas sa famille

Petitmoineau



« Ne mange pas ta collation sur le joli tapis du salon... Va plutôt t'installer sur la balançoire du patio. Puis tu pourras aller promener Zulky au bord des dunes de sable qui longent la mer. Et mets aussi des lunettes de soleil pour protéger tes jolis yeux bleu azur.
-Maman cesse de me traiter comme un bébé j'ai 16 ans ce dimanche et je vais pouvoir réaliser ma plus belle pirouette comme une vraie danseuse devant tous ces invités.
-Si tu veux bien paraître alors viens ici que je refasse le tissage de ta tresse...
-Ne me touche pas je ne suis plus ta fifille....
-Tu portes bien ton nom vernaculaire : Rose mais tu es toujours en train de siffler comme un serpent et brandir ton poing bien haut dès qu'on te dit quelque chose qui ne te plaît pas. Qu'est ce que je t'ai fais pour que tu me traites comme ça !!!!
-Demande à papa pourquoi sa photo adamique a circulé sur internet après l'annonce du projet du monument qui doit être érigé en hommage aux 4 femmes noires décédées en tentant de le sauver suite à l'incendie de la Mairie et tu sauras pourquoi je vous déteste tous les 2...


Petitmoineau    Liste 21

Monument aux paysages

Laura



J'aimerais ériger un monument aux paysages
Un monument de mots et un paysage
Qui serait fait de sable du désert à connaître
Et de l'océan au bord duquel j 'ai fait des balades


Un moment aux paysages
Sur des tapis de fleurs sauvages
Une touche de gris pour les averses
Des rimes en langue vernaculaire


Un monument aux paysages
Dans lesquels je prends mes pauses
Et mes collations, un peu de jaune
Soleil et d' azur sur fond de nuages


Un monument aux paysages
Comme des usines de tissage
Une balançoire pour ne plus faire de chutes
Siffler sur mes sept collines


Un tableau de Poussin avec une scène
Adamique, une pirouette de prose
Pour lever le poing  fière de mon monument
Aux paysages, architecture paysagère


Laura    Liste 21

Toute toute première fois

Vegas sur Sarthe



L'azur était d'un bleu immaculé – comme la Vierge, remarqua t-IL – et le sable était blond comme son Adam.

Son Eve terminait le tissage d'un hamac qui servirait de balançoire à son adamique compagnon.


Il était grand temps qu'IL mettre une touche finale à son œuvre ; alors IL les bénit en levant le poing et leur dit : »Croissez et multipliez-vous ! »
Adam n'eut pas le temps de terminer sa collation qu'une énorme érection l'envoya d'une pirouette au tapis.

Eve ne put se retenir de siffler d'admiration devant cette vernaculaire manifestation divine : »Bon Dieu ! Quel monument ! » et ce faisant, elle s'agenouilla pour la première fois – toute toute première fois Ah, pourquoi ces mots Si forts, si chauds Qu'ils gémissaient sur ta peau et bla bla bla comme allait le brailler plus tard sa descendante progéniture Jeanne Mas ...

Vegas sur Sarthe     Liste 21