Bienvenue sur Treize à la douzaine, un blog d'écriture partagée...

Bienvenue sur Treize à la douzaine, le blog d'écriture partagée proposé par Annick SB...



L'amour plus fort que la mort

Petitmoineau


Pour Juliette, tout dans son carré familial se passe sans soucis :

Un super mari qui l’a prise sous son aile alors qu’elle était en train de toucher le fond, une fille qui a bien réussi dans sa scolarité et qui a comme perspective de devenir vétérinaire et d’approfondir la spécificité des reptiles et aussi Spicy son chihuahua qu’elle a recueilli dans ce semblant de refuge où il a subit une quantité de turpitudes indescriptibles.
Juliette se sentait heureuse dans sa vie de femme et de mère jusqu’à ce jour de juin où tout à basculé…

Son médecin, ce vieux monsieur agélaste au possible, lui avait indiqué le paravent d’un signe de tête et lui avait demandé d’ôter son bermuda beige et son tee-shirt vert.
Puis il l’avait ausculté et d’un coup son visage s’était transformé....
Sans aucune sympathie, il lui a prescrit des examens complémentaires.
Après quelques jours d’angoisse, le verdict est tombé :
Présence d’une tumeur de la taille d’un caillou qui obstrue les lobules mammaires.

Sous le choc de cette nouvelle, Juliette veut tirer sa révérence et quitter ce monde injuste mais elle pense à sa famille qui, si ils connaissaient ses idées aussi obscures, lui dirait ceci :
Nous on t’aime et on t’interdit de nous laisser à cause d’une maladie alors accroche-toi pour nous 3…

Depuis elle livre ce combat quotidien entouré des siens…

Petitmoineau     Liste17

Verte rage, c’est ça !

Tiniak



C’est pas comme si, d’avoir tiré ma révérence au monde urbain et ses multiples turpitudes jetées, sans autre perspective que d’être le caillou qui fait bien chier le voisin, sur le pavé goudronné des chemins de vie-de-merde qu’on foule avec des soupirs circonspects, comme si ça devait signifier que j’aspire à des considérations supérieurement intrinsèques, non… Simplement, je m’étais mis au vert, en partie pour cause de santé (deux paquets par jour depuis… fiou !), en partie parce que je suis daltonien et très certainement pour cause d’absence de taxe d’habitation pour ce cabanon tout confort et aussi bien isolé qu’isolé.

Sur ce carré de terre où je vis la plupart du temps en bermuda et t-shirt floqué à l’effigie de l’un ou l’autre de mes groupes de rock préférés, j’ai enfin trouvé comment dresser un paravent entre mes idées saugrenues et l’obscénité endémique d’un occident ultra capitalisé qui m’aura rendu plus amer que le pire agélaste. Par contre, je fume toujours autant, ce qui m’oblige à me rendre fréquemment dans deux ou trois villages sis en contrebas, pourvus en bar-tabac-presse locale-relai-de-poste-et-wifi-aléatoire. Petite entorse à mon profond désir de vivre sans autre contrainte que le nécessaire.

Avant ? J’étais cadre du CSA, tu vois l’ truc ? Mes ongles n’avaient pas le temps de pousser que je les rongeais déjà avec frénésie. Ma spécificité ? La conformité des messages publicitaires avec les exigences de la Santé Publique. Genre ! Juste sur la partie visuelle hein, pas audio. C’est moi qui ai dû pondre le décret exigeant de faire disparaître le clope de Lucky Luke et la pipe de Monsieur Hulot des affiches dans le métro parisien. T’imagines ?! Moi qui ai les vapoteuses en horreur ! Et toi, t’arrives, avec tes dreadlocks gominés à l’argile, tes potes cramés à je sais pas quoi, tes seins pointus qui font des cornes au Che Guevara et tu voudrais que je te prenne « sous (m)on aile », que tu dis ?
Bon, on verra ça demain.

Tiniak    Liste 17


Monsieur le Maire alégaste

Lecrilibriste



Il avait un visage étrange et lisse, un visage verdâtre de coing gelé et s'était exercé toute sa vie à  l'agélasterie, c'est à dire à ne pas rire, ni même sourire, dans la perspective d'éviter les rides, et de garder sa peau de jeune premier qu'il contemplait chaque matin dans le miroir.
Cette idée lui avait pris le jour où il avait décidé de faire de la politique … Il   devait apprendre à rester impassible en toute circonstance pour  paraître sérieux  et surtout quoi qu'il arrive garder son sang froid.

Un jour, en effet, il avait  voulu affronter le tonnerre pour s'exercer,  en passant la tête à la fenêtre entrebâillée pour regarder l'orage qui tombait sur le monde. Il avait entendu parler de la méthode Coué et avait trouvé l'idée très intéressante. Il disait «  chaque jour, à  tout point de vue , je reste impassible, je reste impassible , je reste impassible, comme un caillou sur la plage » , mais le tonnerre avait pété avec une force telle qu'il avait toqué la tête trois fois en aller et retour contre les deux battants de la fenêtre.  Bing.. bing... bing...(x3 ). Il avait pris cet échec comme une turpitude et  s'était exercé à maîtriser chaque jour toute mimique spontanée et tout élan de gaieté extérieur. Mais comme il lui arrivait parfois d'avoir malgré tout envie de rire, il avait appris à rire à l'intérieur sans ouvrir la bouche et en avalant son rire... ça faisait un drôle de bruit comme ...peuh... peuh... peuh... peuh !

Mais Il avait réussi. Aujourd'hui, maire d'une mégapole, avec son sérieux et son visage glabre,  il avait un peu vieilli, mais grâce à ses exercices répétés, il n'avait aucune ride, ni autour des yeux, ni autour de la bouche. Il avait bravé l'interdit

Aujourd'hui, il y avait foule sur la place et un podium avait été installé en plein air pour l'inauguration et la mise en circulation des nouvelles  trottinettes vertes
 Il devait faire un discours et parler de la spécificité de l'aile carrée ajustée sur les trottinettes vertes de la ville  pour parfaire leur vitesse et leur permettre de  s'élever dans les airs pour passer au-dessus d'un obstacle au lieu de péter les tibia des passants.

Il arrivait de sa maison de campagne  et il était en retard car il était resté bloqué dans un embouteillage. Encore  vêtu de son bermuda des dimanches aux couleurs vert trottinette, il  voulut se dépêcher pour être à l'heure précise et se changea derrière un paravent improvisé pour mettre son costume d'apparat, Facétieux ce jour là grâce à un repas bien arrosé, il s'amusait, caché derrière son paravent à faire la révérence, en caleçon devant ses administrés en riant ...peuh... peuh... peuh.  
Mais une tornade s'abattit soudain, balayant le paravent et laissant le maire agélaste, vert de honte, en caleçon devant la foule. Un énorme rire se répandit comme une déferlante  chez les administrés et le maire, tout penaud, ne put faire que ...peuh... peuh... peuh … peuh ! en serrant les dents et les fesses.

Lecrilibriste    Liste 17



L'indélicat

Ghislaine



L'humeur angélaste et un peu triste, il nous jette au visage les cailloux de ses turpitudes !  Il nous tire sa référence de bassesse au comble de sa profonde spécificité.
Il n'a  jamais pris personne sous son aile, comme si cela lui était interdit de montrer un peu de compassion et il ne taisait pas au monde, sa personnalité et de cela, au moins, il avait le courage.
Dans ce dernier carré d'été, il nous lâche son discours de départ et ses mots n'ont pas besoin d'un paravent pour se cacher, ils traduisent vraiment ce qu'il pense. D'ailleurs, il suffisait de la regarder ! Il était vert de rage !

Mais il fallait savoir, qu'après plusieurs sommations, il n'avait jamais quitté son bermuda  au bureau, il venait donc d'être renvoyé pour tenue indélicate dans l'exercice de ses fonctions !

Ghislaine   Liste 17
(Texte inspiré par une histoire vraie.)

Le mas des chênes

Célestine



Imagine. C'est un endroit où tu ne pourras sans doute jamais aller. Je ne dis pas ça pour t'ennuyer. Je te dirai pourquoi bientôt, ne sois pas impatient. Tu peux seulement, à l'instant, ce n'est pas interdit, te laisser bercer par le parfum magique de ce rêve éveillé. Ce rêve auquel j'ai eu droit. Quelle chance !

La maison ouvre ses paupières de bois vert sur un jardin naturel de toute beauté. Abritée derrière le paravent des chênes-lièges, et des pins arrachant au vent leurs branches torturées qui nous font la révérence. La grille grince un peu. L'eau arrive par citernes, livrée par les pompiers. L'électricité vient du soleil.
On est seuls au monde. Loin des turpitudes. Seuls avec ce sentiment d'éphémère et d'éternité à la fois qui donne au vin l'éclat de l'or, et un peu d'eau dans les yeux. 
La maison est refaite à neuf, confortable. Meublée avec goût.

L'Estérel laisse affleurer ça et là, dans les blessures du sol, sa roche rouge éclaboussée. 
Tout à l'heure, en montant les deux kilomètres qui séparent la barrière de la maison, sur un chemin poudré de lavande et de cistes, mon frère m'a dit : 
« Tu verras, la vue n'est pas terrible ». 
Il a toujours eu beaucoup d'humour, mon frère. Loin d'être un agélaste. La fréquentation des arbres l'a même bonifié au fil du temps.
Je suis soufflée. Le Mont Aigre et le Mont Vinaigre hérissent leurs cailloux brûlants et leurs ravines désolées. La forêt triomphe sur chaque colline. Pagnol et Giono me caressent de leurs ailes.
Tout en bas, la mer clapote le long du golfe. Clair bien sûr,  comme il se doit. Les vallons bruissent et vibrent des premiers insectes, mais la fraîcheur descend au crépuscule et leur clôt les élytres. On n'est pas encore en été. On met la laine.
La nuit, sublime perspective, les lumières de Fréjus clignotent, telles des étoiles échouées sur le sable. Un rossignol lancinant et joyeux blesse le soir de sa langueur océane.  Je sors mon laser à pointer les étoiles. Les vraies. Antarès flamboie à l'horizon sud, le coeur du Scorpion, la géante. Les Ourses sont à leur place. Cassiopée casse les pieds à se cacher derrière un nuage.
On prend les guitares, on est bien. 
Le lendemain on part sur les traces de notre enfance, et de nos vacances à Agay. Boulouris, le Dramont, la plage du Débarquement, les noms chantent à ma mémoire, diabolo menthe et sable blanc, bronzette et pieds mouillés dans les tongs, bermuda et bouées-canards en plastique. Mes souvenirs se voilent de l'ombre de mon père. Les gorges se serrent un peu. Mais c'est doux. Le carré du temps a arrondi ses angles.
L'amour exulte et coule, dans le basilic, les tomates, les rires et l'huile d'olive et le bonheur d'être là. Et plus tard, sur les draps blancs. Derrière les persiennes au jasmin odorant, les gouttes de rosée perlent à l'herbe et à mon front. Je clos mes yeux comme pour mieux goûter le miel de ce moment. Celui d'être éveillée quand on croit que nous dormons.
Je serais bien restée très longtemps dans ce vert paradis réservé aux agents de l'O.N.F... C'est chouette d'avoir un frère garde-forestier.


Célestine      Liste 17

Ma blonde d'Aquitaine

Vegas sur Sarthe



Quand je l'ai rencontrée, elle broutait des cailloux dans un carré de jardin sans doute dans la perspective d'en faire du gravier ou du sable ...
D'une sorte de bermuda crasseux débordaient des rondeurs que la bienséance m'interdit de décrire plus avant.
Je pris sous mon aile cet être de turpitude et dépourvu d'humour que je baptisai sur le champ Agélaste.
Je lui enseignai tout ce qui fait la spécificité d'une bonne compagne ainsi qu'à faire la révérence bien que je n'eus aucune intention de l'introduire dans le beau monde.
Après l'avoir éduquée et gardée derrière un paravent à l'abri des regards, je l'ai mise au vert.
Elle sait bien que j'ai la traite en horreur mais par reconnaissance elle me donne quotidiennement ses dix litres de lait.

Vegas sur Sarthe   Liste 17

Liste 17

1 révérence
2 caillou
3 interdit
4 turpitude
5 carré
6 aile
7 spécificité
8 bermuda
9 monde
10 perspective
11 agélaste
12 paravent

et le 13ème pour le thème : vert

Le bouquet « Famille »

Vegas sur Sarthe


J'adore quand Germaine a les nerfs en pelote et qu'elle monte sur ses grands écheveaux dans un accès de vésanie, quand elle hurle à faire trembler les vitres ses « Puisque c'est comme ça j'me barre » et qu'elle reste.
Depuis nos noces de rose – et ce magnifique buisson épineux que je lui avais malicieusement offert – j'en avais pris de la graine, c'est pourquoi ses talents de comédienne ne m'impressionnaient plus.

Ce soir-là je m'étais servi une mousse avant de zapper au hasard des 248 chaînes de notre bouquet « Famille » quand apparut inopinément à l'antenne un documentaire scientifique relatif aux travaux d'un certain Ernest Grafenberg sur le point G et les femmes fontaines auquel je n'eus pas le loisir de m'initier puisque Germaine débarqua dans le salon, les sourcils en accent circonflexe et – ayant sauvagement saisi les poignées du meuble télé – elle mit un terme définitif à une soirée qui s'annonçait follement instructive.


Aujourd'hui, nos soirées sont paisibles ... je fais des sudokus et Germaine tricote.

Vegas sur Sarthe    Liste16

Passé, présent

©Annick



Derrière la vitre elle est scotchée
Où la maladie l’a bloquée
L’antenne du présent s’est figée
Elle navigue au creux du passé
.
De l’écheveau des souvenirs
Elle soutire plein de petites graines
Un’ poignée de moments sourire
Qui de douceur feront fontaine
.
Plus de pourquoi plus de comment
Elle ressasse les moments d’antan
De ses noces quelques souvenirs
Refont surface dans un soupir
.
Tout se confond tout se mélange
Ça vient du fond que c’est étrange
Mettant un accent circonflexe
Sur une tête dev’nue complexe
.
Dans son voyage au loin là-bas
Pas d’vésanie pas de blabla
Tel un mousse à la barre du temps
Aloïs* a tous les talents

©Annick    Liste 16

Récup de grand art

Lecrilibriste



C'était un bric à brac à en perdre le souffle, il y avait là des écheveaux de raphia, , des accents circonflexes ou plutôt des découpes de polystyrène qui ressemblaient à des accents circonflexes … C'était peut être pour créer des oiseaux … Dans une coin, , une vieille antenne de télé, des poignées en cuivre toutes torsadées, de la mousse pour rembourrer les coussins, une vitre de tableau soigneusement posée contre le mur, une magnifique barre de fer forgée à la main,  une fontaine de jardin avec une verseuse d'eau, des ceps de vigne magnifiques et une foule d'autres objets hétéroclites !
Je me demandais quelle vésanie, quelle folie,  pouvait bien habiter le propriétaire de lieux ! Mais pourquoi tout cet imbroglio de bricoles et  de vieux trucs à jeter ? C'était encombrant et je pensais que ça ne servait plus à rien ?

Mais quand j'entrai dans son atelier, quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir avec quel talent l'artisan réussissait à donner vie à tous les objets en les transformant  avec une incroyable, fascinante et puissante créativité !

Il organisait un stage la semaine suivante, je m'inscrivis illico  pour fabriquer quelque chose d' insolite que je pensais offrir à ma nièce pour ses noces  au mois de juin ! Moi qui me creusait la tête pour trouver un cadeau original, car tous deux aimaient les objets insolites  !

Je n'avais plus qu'à prendre de la graine  auprès du maître et à titiller mon imagination pour trouver  à réaliser la chose qui les ferait rêver, elle et son futur mari,  avec laquelle ils pourraient embellir leur maison et étonner leurs amis .
Et si je n'y arrivais pas, j'aurais tout loisir de découvrir dans son atelier la petite merveille à  acheter et que jamais personne d'autre n'aurait l'idée d'offrir.

Lecrilibriste    Liste 16

La captive

Ghislaine


Aujourd'hui, elle devait fêter ses dix ans de Noces.
Mais elle était comme un écheveau envahi de moisissures et déposé là par le temps, vieillie.
Ce temps qui depuis longtemps l'avait transformée de vésanie en vésanie plus délirante les unes que les autres au gré de fantaisies abjectes.
La graine, un jour avait poussé dans son cerveau, parmi la mousse d'une poignée de souffrances aux errances de ses peurs… Sur la vitre, elle trace des accents circonflexes et des barres de pourquoi , des dessins incroyables au talent des folies ancestrales, punie par des sorts imaginaires, jetés par les sorcières d'antan qui  empoisonnaient l'eau des fontaines pour punir les femmes infidèles. Elle était le sacrifice  offert à l'homme de ses noces, ce barbare qui, depuis dix ans avait d'elle l'objet de sa perversité.
A chaque anniversaire, elle devait se soumettre à ses fantasmes les plus cruels et avilissants…
Mais elle savait aussi que cet anniversaire-là  serait le dernier. Ce soir, à lui aussi, ce sera  son dernier anniversaire ! Ce soir, elle savait comment s'y prendre.
Il lui suffisait de ne pas trembler et de frapper  au bon endroit. Ce soir les noces ne seront plus, ce soir ce seront les noces de la délivrance.

Ghislaine Liste 16

Liste 16


1 écheveaux
2 circonflexe
3 vésanie
4 antenne
5 poignées
6 vitre
7 pourquoi
8 barre
9 mousse
10 graine
11 talent
12 fontaine


et le 13ème pour le thème : Noces